Congrès mondial d’espéranto :
entretien avec Xavier Dewidehem

Publié le 15/07/2015 par Éditions Assimil
5 commentaires

Afisho1

Lille accueille le 100e congrès mondial d’espéranto du 25 juillet au 1er août. L’occasion de rencontrer Xavier Dewidehem, le président du comité d’organisation, et de faire le point avec lui sur la « langue universelle » et les enjeux du congrès, en français ci-dessous ou en espéranto.

Imaginons que je sois une jeune femme ou un jeune homme et que vous deviez me convaincre d’apprendre l’espéranto en quelques phrases, que me diriez-vous ?
Avez-vous envie de voyager, de vous faire des amis dans de nombreux pays et de pouvoir communiquer sur un pied d’égalité, en sortant des rapports habituels, souvent superficiels ou commerciaux ? L’espéranto permet cela, avec en plus une simplicité et une régularité qui en font la langue que l’on peut apprendre le plus rapidement. Allez faire un tour sur Internet : vous serez surpris de la diffusion actuelle de cette langue et de la diversité de ses utilisations.

Combien peut-on dénombrer d’espérantophones dans le monde ? Y-a-t-il une progression du nombre de locuteurs ? Autant de femmes que d’hommes ?
On estime entre 2 et 10 millions le nombre de locuteurs de l’espéranto dans le monde. C‘est une estimation basée sur le nombre d’adhérents aux associations qui le diffusent, le nombre de ventes de livres, le nombre de participants à des rencontres et congrès, etc. C’est aussi difficile à mesurer que le nombre de joueurs d’échecs ou de guitare : il n’y a pas de recensement obligatoire !
La répartition hommes/femmes est équilibrée. Quant à la progression, elle est réelle, notamment grâce à Internet, qui facilite l’apprentissage de la langue par des cours gratuits et corrigés en ligne et en donnant des contacts pour l’utiliser facilement.

Question « people » : quel est l’espérantophone le plus célèbre du monde ?
Je parlerai plutôt de soutiens illustres de l’espéranto. Parmi eux, on compte par exemple Léon Tolstoï, mais aussi et surtout Jules Verne, qui avait présidé le club d’espéranto d’Amiens et commencé l’écriture d’un roman Voyage d’étude avant de décéder : cette œuvre inachevée devait décrire les mérites de la langue internationale.

Comment caractériser l’espéranto en le comparant à d’autres langues (syntaxe, lexique, prononciation, etc. en dehors du fait qu’il s’agit d’une langue artificielle) ?
Ce n’est pas une langue plus artificielle que la plupart des langues, notamment le grec moderne, l’hébreu ou l’indonésien qui sont parlés par des millions de locuteurs. La différence essentielle de l’espéranto, qui est issu des langues indo-européennes, c’est avant tout sa régularité et l’absence de conjugaisons ou déclinaisons compliquées. Avec 16 règles de base, on connaît la grammaire de l’espéranto. Par exemple, la règle “un son = une lettre et une lettre = un son” facilite la prononciation et évite les fautes d’orthographe. Nous sommes tellement habitués aux exceptions en français ou en anglais que c’est une vraie bonne surprise lorsqu’on apprend l’espéranto. Ensuite, la construction des mots à partir de racines auxquelles on ajoute des préfixes ou des suffixes économise beaucoup de mémoire et ouvre un grand champ lexical à chaque apprentissage d’une nouvelle racine.

On souligne souvent l’intérêt de l’espéranto pour apprendre d’autres langues. Quels sont ces avantages ?
L’espéranto est une langue propédeutique, c’est-à-dire qu’elle facilite l’apprentissage d’autres langues. Tout d’abord, son vocabulaire puise ses origines dans les langues romanes, germaniques et slaves, si bien qu’on retrouvera dans celles-ci bon nombre de mots déjà connus en espéranto. D’ailleurs, l’espéranto permet aussi, pour nous francophones, de mieux connaître notre langue ! Ensuite, par sa régularité et sa clarté grammaticale, l’espéranto met facilement l’étudiant en situation de réussite, ce qui lui donne davantage confiance dans l’apprentissage linguistique et l’encourage à apprendre de nouvelles langues.

« I speak Esperanto like a native ». Cette plaisanterie de l’Irlandais Spike Milligan (1918-2002) a beaucoup perdu de sa force car il y a bel et bien des locuteurs dont l’espéranto est la langue maternelle. Quel est le profil de ces locuteurs ?
Ce sont généralement des enfants de personnes qui se sont rencontrées grâce à leur pratique de l’espéranto et ont fondé une famille. Ils ont donc entendu dès leur naissance leur parents communiquer dans cette langue à la maison et découvrent ensuite la langue du pays où ils vivent en grandissant. Ils sont ainsi au moins bilingues lorsqu’ils intègrent le système scolaire.

On vient de célébrer le 70e anniversaire de la libération des camps. Les espérantophones ont été déportés, mais Staline les pourchassait également. Pourquoi cet acharnement ?
Tout simplement parce que les dictateurs n’aiment pas ce qui peut faciliter les échanges entre individus et qui échappent à leur contrôle… L’espéranto est indépendant de toute influence politique, religieuse ou économique et a pour objet de faciliter la communication entre citoyens.

L’espéranto est soutenu par le régime chinois et la Chine compte 18 cours d’université en espéranto. Ce n’est pas un peu embarrassant, pour une langue censée porter des valeurs d’humanisme, d’être soutenue par un régime totalitaire ?
L’espéranto n’appartient à personne mais est accessible à tous. On ne peut donc interdire à personne de le soutenir. Précisons tout de même que ce soutien était avant tout une façon de refuser l’impérialisme américain. Il s’agit donc pour la Chine d’une démarche politique…

L’espéranto se veut universel mais est-ce qu’il y a une vision unitaire de l’espéranto chez les différentes communautés ? en d’autres termes, est-ce que les objectifs poursuivis sont les mêmes selon les communautés ?
Oui, heureusement ! C’est bien pour cette raison que la langue est si stable et que ses règles n’ont pas changé après plus de 120 ans de pratique. Il existe une Académie d’espéranto à l’imagine de ce qu’est l’Académie française pour la langue de Molière. La raison d’être de l’espéranto est de faciliter la communication entre personnes qui n’ont pas la même langue maternelle en assurant une équité dans l’apprentissage de façon à ce que ce soit toujours la plus facile des langues que l’on puisse apprendre. Il est donc facile de trouver des usages illimités sur cette simple base, sans trahir l’idée d’origine.

Comment construit-on un mot nouveau en espéranto ? un exemple récent ?
Il arrive que des néologismes apparaissent en espéranto, mais cela reste limité en raison de la structure de la langue et des possibilités de construction des mots. La plupart des notions nouvelles peuvent être énoncées en composant un mot avec des racines existantes. “Ordinateur”, l’outil qui compile des données, a été formé de “komput” et “ilo” pour désigner l’outil qui compile (“komputilo”). Il n’a donc pas été nécessaire d’introduire une nouvelle racine dans le vocabulaire. Un soin particulier est apporté en ce sens afin de conserver l’accessibilité de l’espéranto. Tout doit pouvoir être dit, mais en un minimum de racines pour ne pas rendre son apprentissage plus long.

Est-ce qu’il y a des recueils de contrepèteries, de blagues ou de jeux avec les mots en espéranto ? un exemple ?
L’espéranto est une langue vivante à part entière, qui permet de s’exprimer en tous domaines, notamment sur le champ de l’humour. Il y a bien sûr bon nombre de blagues et de jeux de mots. Certains auteurs originaux en espéranto se sont spécialisés dans l’écriture humoristique : je pense en particulier au Français Raymond Schwartz. Des recueils de jeux de mots existent.
Un exemple basique : l’espéranto (“Esperanto”) a permis à plusieurs de se rencontrer, de flirter et même de se marier (“edzo” : époux) et fonder une famille, comme je le disais tout à l’heure. Si bien que certains ont pu qualifier l’espéranto (“Esperanto”) de “edzperanto” (deux mots aux sonorités très similaires). “Edz” se référant au mariage et “peranto” étant un intermédiaire, ils rebaptisent ainsi la langue “entremetteur matrimonial” !

En 1905 avait lieu le premier congrès mondial d’espéranto, en France, à Boulogne-sur-Mer. Lille accueille la 100e édition. J’imagine que c’est tout sauf un hasard ?
Tout à fait ! Nous avons voulu souligner le lien historique entre l’espéranto et le Nord de la France. Le 100e congrès mondial d’espéranto est ainsi un “retour aux sources”. Vu le nombre important de congressistes prévus (entre 2500 et 3000), c’est à Lille Grand Palais que le 100e mondial se déroulera du 25 juillet au 1er août. Des excursions quotidiennes à Boulogne-sur-Mer seront proposées pour marcher sur les pas des premiers congressistes de 1905. L’attrait touristique de la France et à la forte symbolique historique de notre région pour l’espéranto expliquent l’affluence importante de ce congrès.

Quels sont les enjeux du Congrès de Lille ?
L’enjeu du mondial d’espéranto à Lille est double. Il s’agit d’abord de fêter la 100e édition de ce qui est la plus importante rencontre d’espéranto dans le monde. Le programme pour les congressistes est très varié et de haute qualité. Nous voulons que les participants conservent en mémoire un magnifique évènement et une excellente image de notre région et notre pays.
Il s’agit aussi de faire connaître l’espéranto aux Lillois, aux Nordistes et aux touristes. Le mondial se veut ouvert au public : nous proposerons des cours express d’espéranto gratuits, des expositions, des animations musicales et des concerts dans les lieux publics de la ville et même un match de football opposant l’équipe du Sahara occidental à notre équipe espéranto ! Le mondial sera une occasion idéale pour faire profiter la population de cette ambiance internationale et multiculturelle unique.

On peut s’inscrire sur le site du congrès jusqu’à son ouverture le 25 juillet.
Retrouver le congrès sur Facebook et sur Twitter
Le site internet d’Espéranto France
L’espéranto chez Assimil

Commentaires

Par BOUMAN Arie le 17/07/15 à 17h02

domage, je manque la traduction paralelle en espéranto

Par Telle le 18/07/15 à 12h52

Bon article, intéressant, assez complet, félicitation (gratulon, comme on dit en éspéranto).

Par Bertrand le 19/07/15 à 18h58

Puis-je assister à une journée à Lille avec les espérantophones, alors que je ne suis adhérent à aucune association espérantiste ?
Chu mi povas cheesti uno tago en Lille, kun esperantistoj ? Tamen mi estas membro de maluno esperantista asocio.

    Par Éditions Assimil le 20/07/15 à 10h26

    Bonjour, il faut leur poser la question, mais le congrès est a priori ouvert à tous !

Par Didier Loison le 20/07/15 à 19h19

M. Bouman, la version en espéranto est disponible : http://blog.assimil.com/kongreso-de-esperanto-intervjuo-xavier-dewidehem

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