Les langues régionales et la France :
une relation en demi-teinte

Publié le 12/07/2016 par Assimil
2 commentaires

Langues régionales - Blog Assimil

Un rapport de Bernard Cerquiglini en 1999 recensait 75 langues régionales officielles parlées en France et Outre-Mer.

Alsacien, occitan, corse, breton, catalan, basque ou encore créole, ces différentes langues sont nées des évolutions de la civilisation mais sont aussi le fruit de métissages. De majoritaires sur le territoire, elles ont petit à petit reculé au profit du français, préféré par un souci d’unité nationale. Point sur les évènements et textes marquants qui ont contribué à complexifier le rapport de la France aux langues régionales et sur les différentes tentatives de réconciliation avec cette partie constituante du patrimoine français.

Une mise à l’écart graduelle des langues régionales en France

La mise à l’écart des langues régionales en France est le fruit d’un long processus et plusieurs faits historiques, parfois houleux, qui ont conduit le français à devenir la langue de référence.

  • Le 10 août 1539, l’ordonnance dite de Villers-Cotterêt, impose l’usage du français au lieu du latin, pour la rédaction des actes judiciaires et notariés. Une manière d’uniformiser la langue administrative sur l’ensemble du territoire français.
  • La Révolution française : avant la Révolution, le multilinguisme était encore de mise sur une grande partie du territoire et perçu comme une véritable menace par ceux qui souhaitaient unir la population via une langue unique, le Français. De cette époque, on retiendra la verve de l’abbé Henri Grégoire qui lors d’un discours à la Convention nationale le 4 juin 1794 se prononçait en faveur de l’abolition des « 30 patois » identifiés et indiquait que la France « pour le langage [en était] à la Tour de Babel, tandis que pour la liberté, [la France formait] l’avant-garde des nations. ».
  • Le décret du 20 juillet 1794 du 2 Thermidor An II, qui interdit toute publication d’acte dans une autre langue que le français.
  • La IIIe République et l’instauration d’une instruction publique, laïque, gratuite et obligatoire marque un autre tournant important dans la relation de la France avec les langues régionales puisqu’elle entérine l’usage du français sur l’ensemble du territoire. On notera d’ailleurs que certains enseignants ont parfois adopté des attitudes répressives telles que des punitions à l’égard des élèves osant parler leur langue régionale sur les bancs de l’école ou dans la cour de récréation. En Bretagne, il était parfois coutume de faire porter aux élèves une « vache » autour du cou, soit un morceau de bois ou une ardoise, équivalent au bonnet d’âne.

En marge de ces périodes et dates clés, on retiendra aussi que les langues régionales ont parfois été assimilées à l’ennemi, ce qui a contribué à leur « interdiction » de citer dans l’espace public. C’est notamment le cas de l’alsacien alémanique dont l’usage au sortir de la Seconde Guerre mondiale posait problème.

L’imposition du français comme langue unique au niveau administratif et à l’école, ainsi que les différentes punitions et/ou sentiments de honte associés à certaines langues régionales ont participé à une baisse importante du nombre de locuteurs sur le territoire.

Les langues régionales retrouvent progressivement le droit de citer… mais avec modération

Le rejet des langues régionales a progressivement fait place à un retour à une certaine forme de tolérance et différentes initiatives visant à les mettre en valeur ont vu le jour, à l’échelle française ou européenne.

Les textes marquants

Plusieurs textes de loi majeurs ont permis aux langues régionales d’être réintégrées dans le quotidien, notamment à l’école.

La loi n°51-46 du 11 janvier 1951 relative à l’enseignement des langues et dialectes locaux, dit Loi Deixonne (aujourd’hui abrogée) a été le premier pas significatif vers les langues régionales. Elle autorisait les enseignants à recourir aux « parlers locaux » dès lors qu’ils pouvaient en tirer parti dans le cadre de leur enseignement ou dans le cadre d’activités dirigées.

La loi Haby, du 11 juillet 1975, est un autre texte important puisqu’il indique qu’un « enseignement des langues et des cultures régionales peut être dispensé tout au long de la scolarité ».

Vient ensuite la circulaire Savary, du 21 juin 1982, qui organise les enseignements de langues régionales de la maternelle au supérieur et pose les bases de leur enseignement au sein de classes bilingues.

La création en 2001 d’un Conseil académique des langues régionales permet par la suite de donner une place encore un peu plus importante aux langues. Son objectif est notamment de veiller au statut et à la promotion des langues étrangères dans les académies concernées.

Le dernier élément à prendre en compte concerne la modification, en 2008, de la Constitution qui indique à présent que les langues régionales appartiennent désormais au « patrimoine de la France ».

Des initiatives locales

Plusieurs établissements bilingues ont vu le jour sur le territoire au fil des années. Les écoles Diwan en Bretagne, les Ikastola au Pays basque, les Calendreta dans le Languedoc ou encore les écoles A.B.C.M. Zweisprachigkeit en Alsace-Moselle en sont quelques exemples.

On notera aussi d’autres éléments comme la traduction quasi systématique des panneaux de circulation dans certaines régions. C’est notamment le cas dans une partie de la Bretagne.

Le cas particulier de la charte européenne des langues régionales

La charte européenne des langues régionales ou minoritaires, une convention adoptée par la France le 5 novembre 1992 et signée en 1999, doit aussi être prise en compte. Cette dernière a pour objectif de protéger et promouvoir les langues régionales et minoritaires historiques en Europe. Toutefois, si la France a signé cette charte, elle fait partie des irréductibles pays ne l’ayant toujours pas ratifiée à ce jour. Le rejet du projet de loi de ratification par le Sénat le 27 octobre 2015 est relativement évocateur quant à leur statut délicat.

À noter que la ratification de la charte faisait partie des promesses de campagne de François Hollande.

Pourquoi il ne faut pas avoir peur des langues régionales

Si l’unité nationale, d’un point de vue linguistique est importante, la perpétuation des langues régionales ne l’est pas moins. Ces dernières témoignent en effet de l’extrême richesse de la France et de la multiplicité des profils des individus qui cohabitent sur son sol. Les langues régionales font en outre partie des éléments constituant l’identité du pays et de ses régions, et sont des témoignages vivants de leur histoire. Elles constituent une forme de patrimoine culturel immatériel, pour reprendre un type de classification utilisé par l’Unesco.

On pourrait également mettre en avant que le fait de savoir jongler entre le français et sa langue régionale constitue une excellente base pour l’apprentissage de langues étrangères. Un atout lorsque certains arguent que les Français seraient mauvais en langues étrangères.

Si l’on peut constater de nombreuses avancées visant à donner une véritable place aux langues régionales, on peut noter dans le même temps que ces dernières suscitent des sentiments mitigés.

Aujourd’hui, plus de 272 000 élèves de la maternelle à la terminale peuvent apprendre l’une des treize langues ou groupes de langues régionales différentes. Un chiffre encourageant mais peut-être pas suffisant pour assurer l’avenir de certaines langues régionales.

Et vous, quel est votre rapport aux langues régionales ?

Assimil vous accompagne…

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Commentaires

Par Marc le 07/10/16 à 12h17

Les signaux vers plus de langues régionales sont bons, il manque encore un dernier coup de pouce avec la reconnaissance de nos langues comme étant des langues officielles.
Dans les mentalités, il faudra surement encore une génération pour que cela soit accepté. Je connais beaucoup de gens qui rient encore en entendant parler une autre langue que le français ou qui voudrait qu’on parle tous français uniquement (l’école républicaine a fonctionné à merveille). Mais globalement, tous ceux que je connais et qui apprennent ou ré-apprennent leur langue sont contents de le faire. J’ose une statistique personnelle, mais 5% des apprenants sont étrangers (pays d’Afrique, Espagne, Suède, Pologne…) c’est un vrai tour du monde et il y a beaucoup d’énergie positive autour de tout ça ! Économiquement aussi avec les emplois qui s’y développent (enseignements bien sûr où la pénurie est criante, chargé de développement, animateur de réseaux, secrétaire, développeur web, traducteur etc…) que du bon !

Par Halokkin Kisz le 07/10/16 à 22h36

…Quand je pense au nombre de personnes qui sont convaincues que le breton est un « dialecte du français »… Pour ne citer que cet exemple…

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