L’Occitan : entretien avec Nicolas Quint

Publié le 23/01/2014 par Éditions Assimil
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portrait de Nicolas Quint
Nicolas Quint est linguiste, ingénieur agronome et directeur de recherches au CNRS. Ce spécialiste des langues minoritaires ou peu connues collabore avec Assimil depuis plus de dix ans, mais il a plus particulièrement consacré ces dernières années à l’élaboration d’une toute nouvelle méthode d’apprentissage de l’occitan, en version papier mais aussi en version numérique. Il évoque ici cette aventure intellectuelle et éditoriale, ainsi que la place de l’occitan dans la société du XXIe siècle.

Assimil : Comment est né votre intérêt pour l’occitan ?
Nicolas Quint : L’occitan est une langue que j’ai entendue depuis mon enfance. Dans le village du Midi où je passais mes vacances, elle était pratiquée au quotidien par les personnes âgées, y compris dans ma propre famille. Ayant été élevé en région parisienne, j’ai toujours été intrigué par cette langue que j’entendais parler autour de moi l’été ou pendant les congés scolaires et dont, petit, je ne comprenais que des bribes. Lorsque j’ai grandi, j’ai décidé d’apprendre moi aussi l’occitan. J’ai d’abord commencé par pratiquer le parler de ma famille et, pour la langue écrite, je me suis beaucoup servi de la méthode Assimil d’Alain Nouvel ! J’ai ensuite voulu mieux connaître la langue d’oc. Pour ce faire, je l’ai étudiée à l’Université. De surcroît, afin d’approfondir mes connaissances pratiques, j’ai aussi séjourné dans plusieurs villages de l’espace occitan et partagé la vie de familles où la langue d’oc était employée au quotidien. Ces séjours ont débouché sur la publication de quatre grammaires portant sur diverses variétés locales d’occitan (deux parlées en Creuse, une en Ardèche et une autre dans les Alpes-de-Haute-Provence) et m’ont permis d’acquérir une expérience concrète sur différentes formes d’occitan parlé. Depuis plusieurs décennies, je lis aussi régulièrement des livres en occitan, de toutes les époques (du Moyen-Âge à nos jours) et dans la plupart des dialectes (auvergnat, gascon, languedocien, provençal…). J’aime entendre parler l’occitan et j’aime aussi le parler. Cette langue fait partie de mon identité et je suis toujours curieux de ce qui la concerne. Quand je voyage loin du Pays d’Oc, il m’arrive parfois de penser en occitan et souvent j’emmène dans mes bagages des ouvrages rédigés dans cette langue pour meubler les temps morts.

L'occitan, collection sans peine, Assimil

A : Qui peut vouloir apprendre l’occitan de nos jours et pour quelles raisons ? Autrement dit à quel public s’adresse votre méthode ?
N.Q. : L’occitan (ou langue d’oc) est la langue parlée traditionnellement dans une zone (parfois désignée sous le nom d’Occitanie) recouvrant approximativement le tiers Sud de la France métropolitaine ainsi qu’une douzaine de vallées alpines en Italie et le Val d’Aran en Espagne. L’espace occitan ainsi défini s’étend sur environ 180.000km2 et est peuplé de quinze millions d’êtres humains. Dans la majeure partie de cet espace, la langue d’oc a cessé d’être transmise aux enfants au cours du XXe siècle, dès avant la première guerre mondiale dans certaines grandes villes, parfois beaucoup plus tard dans les campagnes où on trouve, y compris en France, des personnes nées dans les années 1980 et ayant appris dans leur milieu familial l’occitan avant la langue nationale. L’occitan n’a donc pas l’intérêt pratique de langues de grande diffusion (comme l’anglais, le chinois ou l’espagnol) ou même de langues nationales d’usage plus restreint (comme le tchèque ou l’islandais), toutes employées par la quasi-totalité de la population dans des territoires donnés. Cependant, les faits sont là : l’occitan a été la langue principale de l’espace occitan jusqu’au siècle dernier, il reste la langue maternelle de plusieurs centaines milliers de personnes et la langue seconde (parlée et comprise à divers degrés) de plusieurs millions d’autres. On ne peut pas comprendre en profondeur l’histoire ni la culture du Pays d’Oc sans connaître l’occitan. Cette méthode d’occitan est donc destinée en priorité aux personnes vivant dans l’espace occitan ainsi qu’à celles qui en sont issues. Elle vise à leur donner un accès plus direct à la langue d’oc, qui continue d’imprégner d’une façon ou d’une autre l’ensemble de cet espace.

Mais l’apprentissage de l’occitan ne saurait bien entendu se limiter aux seuls Occitans ! Comme toute langue, l’occitan appartient avant tout à ceux qui la parlent ou ont envie de la découvrir et son apprentissage peut être une ouverture (ou un plus !) pour tout un chacun. Ainsi, on peut tomber amoureux du Pays d’Oc, de ses villes ou de ses campagnes, de ses plages ensoleillées, de ses montagnes (des Alpes aux Pyrénées en passant par le Massif Central), et avoir envie d’en connaître la langue. Par ailleurs, l’occitan est toujours activement pratiqué, en particulier en zone rurale et aussi par de nombreux militants culturels : si vous l’apprenez, vous trouverez donc des gens à qui le parler. Par ailleurs, la connaissance de l’occitan vous fournira aussi un accès privilégié au riche patrimoine littéraire occitan : des milliers de livres (romans, essais, poèmes, traités scientifiques…) ont été écrits ou traduits dans cette langue, sans interruption et depuis près d’un millénaire, et chaque année de nouvelles compositions en occitan voient le jour (la chanson en occitan se porte bien elle aussi). Si vous êtes un language freak (‘passionné de langues’), comme disent nos amis anglo-saxons, cette méthode d’occitan est bien sûr aussi faite pour vous : les sons, les conjugaisons, la syntaxe… de la langue d’oc, tout en présentant d’indéniable points communs avec les autres langues romanes (français, espagnol, italien, portugais, roumain…), recèlent assez de traits originaux pour nourrir durablement votre curiosité !

A : Où enseigne-t-on l’occitan aujourd’hui ?  Quel rôle peut-il jouer à l’avenir ?
N.Q. : C’est un des grands paradoxes de la situation actuelle de l’occitan. Jamais cette langue n’a été aussi peu parlée mais jamais elle n’a été autant enseignée ! Aujourd’hui, plusieurs dizaines de milliers d’élèves (tous niveaux confondus) reçoivent chaque année un enseignement en occitan dans l’ensemble du Pays d’Oc. Depuis 1979, il existe même des écoles privées, les calandretas (‘alouettes’ en occitan gascon) où l’occitan est la langue principale d’enseignement : environ 3000 élèves y sont désormais scolarisés. Plus récemment, on a aussi ouvert des sections bilingues occitan/français pour les enfants dans l’enseignement public. De ce fait, il y a vraisemblablement plus d’enfants capables de s’exprimer en occitan aujourd’hui qu’il y a 20 ans. Ce regain d’intérêt montre que l’occitan n’a peut-être pas encore dit son dernier mot.

En effet, si tant de jeunes reçoivent en ce moment une formation en occitan alors que cette langue apporte si peu d’avantages économiques aux gens qui la parlent, c’est que beaucoup de Méridionaux tiennent à conserver à l’occitan un rôle significatif dans leur environnement culturel et social. Ainsi, au cours des vingt dernières années, des sondages ont été faits à plusieurs reprises dans différentes régions du Sud de la France sur la perception que les habitants avaient de la langue occitane. Dans l’ensemble, la majorité des populations concernées a déclaré son attachement à la langue d’oc et s’est montrée favorable à son enseignement. Autre donnée intéressante : le pourcentage de sondés ayant affirmé parler ou pratiquer l’occitan était visiblement supérieur aux chiffres auquel on pouvait raisonnablement s’attendre. Ces résultats semblent donc indiquer que, même si la langue d’oc est moins parlée aujourd’hui qu’il y a quelques décennies, elle occupe toujours une place de choix dans le cœur et dans le sentiment identitaire de nombreuses personnes habitant le Pays d’Oc, qu’elles soient occitanophones ou non. Cet attachement des populations concernées est le plus sûr garant de l’avenir de l’occitan. C’est ce même attachement qui donne du sens à la production d’outils didactiques (tels que cette nouvelle méthode Assimil) pour l’enseignement de l’occitan.

A : Continue-t-on de créer de nouveaux mots en occitan pour décrire les nouveaux objets et les nouveaux concepts, par exemple le langage d’Internet, du web, etc. ?
N.Q. : Oui, il existe des individus et des groupes de défenseurs de l’occitan qui s’efforcent de créer de nouveaux mots (ou de développer de nouveaux sens pour des termes déjà établis) afin que la langue d’oc puisse répondre aux défis de la modernité. Ainsi, pour traduire les termes informatiques ‘pirater’ et ‘mél/couriel’ certains ont suggéré respectivement les formes rapugar (extension de sens d’un verbe signifiant à l’origine ‘grappiller’) et maile (adaptation de l’anglais mail à la prononciation et à la graphie occitanes). Le fait que de tels efforts soient régulièrement entrepris montre ici encore qu’un certain nombre de Méridionaux croient au futur de la langue occitane.

A : L’occitan se subdivise en six dialectes principaux. Comment ces dialectes vivent-ils ensemble ? Est-ce que cela recoupe des communautés clairement identifiables ?
N.Q. : La plupart des linguistes spécialistes de l’occitan considèrent en effet que cette langue compte six principaux ‘dialectes’ ou variantes régionales : l’auvergnat, le gascon, le languedocien, le limousin, le provençal et le vivaro-alpin. En fait, la question des variantes de l’occitan est beaucoup plus complexe que ne le laissent paraître ces six étiquettes. Tout d’abord, les frontières entre ces dialectes sont loin d’être toujours tranchées sur le terrain : par exemple, dans le Massif Central, tout le monde n’est pas d’accord pour dire où finit l’auvergnat et où commence le vivaro-alpin, aux confins de la Haute-Loire et de l’Ardèche. En outre, les aires dialectales ne correspondent pas non plus aux régions administratives (dites aussi ‘de programme’). Par exemple, le languedocien est effectivement parlé dans la plus grande partie du Languedoc-Roussillon mais aussi dans une bonne moitié de la région Midi-Pyrénées. Et la question des variétés de l’occitan ne s’arrête pas là ! À l’intérieur de chacune des six fameuses zones dialectales, il existe des identités locales parfois très fortes, y compris sur le plan linguistique. Ainsi, beaucoup de Béarnais (habitants de l’Est des Pyrénées-Atlantiques) ont conscience d’avoir des spécificités linguistiques (et culturelles) propres au sein de l’ensemble gascon ; il en va de même pour les habitants du Velay (province recouvrant la majorité du département de la Haute-Loire) en Auvergne, etc. Il faut encore rajouter à cela l’existence de plusieurs variétés littéraires (employées à l’écrit) occitanes, dites ‘standard’ et dont les caractéristiques grammaticales ne correspondent pas toujours à celles de l’occitan parlé ! Les deux plus célèbres de ces variétés écrites sont probablement le provençal rhodanien – employé par l’écrivain Frédéric Mistral, qui a accompli l’exploit d’obtenir le Prix Nobel de littérature pour ses œuvres en occitan – et le languedocien littéraire. Ces variétés sont toutes les deux représentées dans cette nouvelle méthode Assimil d’occitan…

La diversité interne de l’occitan est donc impressionnante. Cependant, dans la plupart des cas, ces différences entre parlers locaux et régionaux n’empêchent pas les occitanophones de se comprendre entre eux. Ainsi lorsque, pour les besoins de cette méthode, j’ai effectué à Turin l’enregistrement d’une leçon en occitan du Piémont, la personne qui a assuré le suivi technique de l’opération était elle-même occitanophone et c’est en occitan que nous avons communiqué (sans trop d’efforts) pendant cette séance de travail, malgré les nombreuses différences entre les parlers que nous utilisions.

L'occitan sans peine, Assimil, pages 143-144

A : Pouvez-vous nous dire en quelques mots ce qui caractérise cette nouvelle édition de l’Occitan par rapport à d’autres méthodes comparables ?
N.Q. : Dans l’Occitan, j’ai voulu proposer aux lecteurs trois grands axes pour aborder l’étude et l’apprentissage de la langue d’oc. Tout d’abord (premier axe d’apprentissage), j’ai choisi une forme standard de la langue qui a servi de référence tout au long de l’ouvrage, afin que l’utilisateur puisse construire ses connaissances sur une base stable et solide. Ce standard est l’occitan languedocien littéraire (OLL). En soi, cette variété n’est pas meilleure qu’aucune des autres variétés de la langue d’oc. Le choix de l’OLL présente simplement un certain nombre d’avantages pratiques. En effet, le languedocien (qui a servi de base à l’OLL) est parlé dans une zone qui correspond à peu près au centre géographique de l’espace occitan : de ce fait, il est plus facile de comprendre la plupart des autres variétés de l’occitan à partir du languedocien (ce serait moins facile avec une variété excentrée comme point de départ). Autre avantage de l’OLL (et du languedocien en général) : cette forme d’occitan est relativement archaïque (elle conserve par exemple des consonnes finales disparues dans d’autres variétés) et, une fois qu’on l’a acquise, on peut aussi l’utiliser comme base pour aborder l’étude de l’occitan médiéval, qui reste une référence absolue pour l’identité culturelle occitane. Enfin, l’OLL a été relativement bien décrit par les grammairiens qui m’ont précédé, ce qui en rendait l’utilisation plus facile dans le cadre d’une méthode d’enseignement de l’occitan. La première moitié de la méthode consiste donc en un apprentissage systématique de l’occitan languedocien littéraire, dont la prononciation, l’orthographe, la morphologie (pluriel des noms, conjugaisons…) et la syntaxe (ordre des mots) sont expliqués en détail au fur et à mesure des leçons et en suivant la méthode d’apprentissage progressif par imprégnation mise au point par Assimil.

Toutefois, il n’était pas pensable pour moi de proposer au public une méthode d’occitan qui ne prenne pas en compte au moins une partie des innombrables variétés qui constituent finalement une des richesses de l’occitan moderne et contribuent à conférer une saveur particulière à cette langue. Dans la seconde moitié de la méthode, j’ai donc proposé au lecteur une découverte progressive (second axe d’apprentissage) de ces variétés. Les six grands dialectes y sont tous représentés et illustrés chacun par divers textes d’auteurs appartenant aux genres les plus divers : extraits de romans ou de pièces de théâtre, poèmes, interviews, recettes de cuisine, etc. Il y a aussi des textes dans les variétés occitanes pratiquées traditionnellement en Espagne et en Italie : c’est à ma connaissance la première fois que ces parlers sont explicitement pris en compte dans une méthode générale d’occitan. Par ailleurs, j’ai tenu, à travers une série de leçons dédiées, à fournir un aperçu de l’occitan médiéval (également illustré par des textes d’auteur), afin que l’apprenant puisse avoir un panorama aussi complet que possible des variétés occitanes, dans l’espace comme dans le temps.

Enfin, au moyen des notes culturelles, utilisées dans les méthodes Assimil, j’ai essayé (troisième axe d’apprentissage) de donner accès au lecteur à des éléments insolites ou relativement méconnus du patrimoine et de l’histoire des Pays d’Oc. Par exemple, tout le monde ne sait pas que le roi d’Angleterre Richard Cœur de Lion ne connaissait pas l’anglais mais était par contre tout à fait à son aise en occitan, et seul un nombre réduit de spécialistes est au courant du fait que la langue d’oc dispose d’une tradition littéraire en caractères hébraïques ou encore que, pendant des siècles, il a existé dans certaines régions de l’Occitanie, une caste de parias comparable aux Intouchables de l’Inde… Il s’est passé tant de choses originales et passionnantes dans tous les recoins de l’espace occitan ! J’ai voulu partager avec mon lecteur quelques-uns de ces faits, que j’ai parfois moi-même découverts pendant la préparation de cette méthode.

A : Dans le Sud de la France, l’occitan est assez présent dans les mots du quotidien, souvent sans qu’on le sache. Pouvez-vous nous donner des exemples ?
N.Q. : Dans la plupart des régions de tradition occitane, l’occitan a laissé de nombreuses traces dans les nombreuses variétés de français régional qui l’ont remplacé ou coexistent avec lui. Ainsi, l’exclamation du français méridional peuchère est-elle une adaptation phonétique de l’occitan pecaire, qui signifie ‘pécheur’. Les calanques de Cassis et les restanques de l’arrière-pays provençal sont deux autres exemples typiques de termes provenant de la langue d’oc et qui se sont intégrés avec succès dans le français local. L’occitan transparaît également dans les noms de nombreux plats locaux, tels le cassoulet (de l’occitan caçolet, ‘petite casserole en terre cuite’) ou le confit (de l’occitan confit, participe passé du verbe confir, ‘faire cuire (de la viande) dans sa graisse’). Mentionnons encore le verbe ensuquer, ‘abrutir, assommer, endormir’ (de l’occitan ensucar, ‘assommer’), lui aussi souvent entendu dans les conversations.

De plus, le français parlé dans le tiers Sud du pays présente aussi un grand nombre de tournures tout droit issues de la langue d’oc. Ainsi, dans le Nord du Limousin, il n’est pas rare d’entendre ça pleut au lieu de il pleut en français standard. Ce ça pleut est un calque des parlers locaux occitans où ‘il pleut’ se dit effectivement qua pleu ou qua plòu (littéralement ‘ça pleut’).

Notons enfin que l’influence de l’occitan sur le français ne se limite pas aux régionalismes. De nombreux termes courants du français standard (commun à la majorité des francophones) ont été empruntés à la langue d’oc : c’est le cas par exemple des mots amour et abeille. Quant à la formule française familière kézako, que l’on voit parfois apparaître dans les titres chocs de certains magazines à la mode, elle provient directement de l’occitan qu’es aquò ?, qui signifie littéralement ‘qu’est cela ?’, c’est-à-dire ‘qu’est-ce que c’est ?’

 A : Cet ouvrage a reçu le concours de nombreux organismes et spécialistes. Le Ministère de la Culture et l’Union Latine notamment. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
N.Q. : Cette méthode Assimil d’occitan a été effectivement une aventure collective ! Je suis l’auteur de l’ouvrage mais, au cours de son élaboration, j’ai été aidé par plusieurs dizaines de collaborateurs qui m’ont apporté leur concours à divers moment. Tout d’abord, il y a eu l’équipe Assimil, et en particulier mes trois conseillères éditoriales successives, qui ont vérifié pour chaque leçon (et à plusieurs reprises) la cohérence des textes, leur conformité au cahier des charges et la qualité de mon français. Ensuite, l’ensemble de ces leçons a été relu par quatorze experts (chercheurs ou enseignants) spécialistes des diverses variétés et parlers occitans présentés tout au long de la méthode. Plus de trente locuteurs de ces différentes variétés d’occitan ont ensuite participé aux enregistrements, afin que les usagers de la méthode puissent se faire l’oreille à la diversité des accents et intonations qui caractérisent chacun des multiples terroirs et contrées du Pays d’Oc.

Normalement, pour une méthode Assimil, on compte seulement cinq intervenants extérieurs : un expert spécialiste de la langue pour l’ensemble de l’ouvrage et quatre locuteurs pour les enregistrements… Le projet Assimil Occitan a donc pris des dimensions un peu inhabituelles, en grande partie liées à la prise en compte des variantes dialectales.

Pour que ledit projet soit viable, il fallait donc trouver des appuis supplémentaires, lesquels nous ont été apportés par l’Union Latine et le Ministère de la Culture. Ces soutiens semblent cohérents eu égard à la nature des organismes concernés. En effet, l’Union Latine a pour but de mettre en valeur les langues romanes et les cultures et qui leur sont associées et l’occitan est une langue romane. En ce qui concerne le Ministère de la Culture, c’est par l’intermédiaire de la Délégation Générale à la Langue Française et aux Langues de France (DGLF-LF) qu’il a soutenu la méthode. Plus de 90% de l’espace occitan et 98% environ de sa population se trouvent en France : l’occitan est donc une langue de France au plein sens du terme et la culture occitane est de ce fait une composante du patrimoine national français. En pratique, ces subventions officielles ont surtout été déterminantes pour couvrir les frais de déplacement et de matériel occasionnés par les enregistrements, où j’ai dû faire un vrai ‘tour d’Occitanie’ pour aller à la rencontre des locuteurs de chacune des variétés d’occitan illustrées dans la méthode et pour trouver des studios susceptibles de les enregistrer à proximité de leur domicile. En tant qu’auteur, je garde un souvenir inoubliable de ces voyages et de ces moments passés avec les nombreux occitanophones (et le personnel des studios qui nous ont accueillis !) qui ont donné le meilleur d’eux-mêmes pour transmettre aux futurs utilisateurs de l’ouvrage ce qu’ils savaient de l’occitan de leur région. Peut-être le moment le plus extraordinaire (pour moi) a-t-il été celui où je me suis rendu dans le village de Guardia Piemontese (en Calabre, dans le Sud de l’Italie), dont la population a su préserver l’usage de l’occitan jusqu’à aujourd’hui après avoir quitté la zone occitanophone il y a plus de sept siècles. Si vous utilisez la méthode, vous pourrez entendre un texte occitan lu avec l’accent gardiol (c’est-à-dire du village de Guardia) : il se trouve à la leçon 90 !

A : Le mot de la fin ?
N.Q. : J’espère que cette méthode contribuera à développer l’intérêt de mes lecteurs pour la langue et la culture occitanes et qu’ils prendront autant de plaisir à utiliser l’Occitan sans peine que j’en ai pris à le leur préparer.

  • L’occitan, collection Sans Peine, supersdpack (4 CD audio + 1 CD audio, 3h45 d’enregistrements + 1 livre), 69,90 €. Volume seul : 24,90 €. Version numérique (e-méthode), 49,90 €.
  • Nicolas Quint sur le web : http://llacan.vjf.cnrs.fr/p_quint.php

Commentaires

Par Chris Keller-Kostakiotis le 24/01/14 à 19h22

Entretien très intéressant…
Je possède déjà l’ancienne méthode ASSIMIL d’occitan de 1975.
J’ai hâte de découvrir cette toute nouvelle méthode et d’apprendre cette langue romane (malgré mes racines grecques et germaniques ! …)

Une seule question: l’occitan est-il considéré comme une langue à part entière, ou bien d’un dialecte ayant plusieurs variantes en fonction des régions ou des départements ??

Par Marc le 24/01/14 à 21h34

C’est une langue, mais qui possède des variantes plus ou moins différenciées… comme toutes les langues en fait. On ne parle pas exactement le même français à Lille et Toulouse… pourtant le français est une langue ! Même chose pour notre bel occitan, qui connaît des différences entre les différentes région.

Par Marc le 24/01/14 à 21h50

c’est une véritable langue avec ses diverses variantes, une tradition littéraire ancienne et prestigieuse… exactement comme le français qui n’est pas parlé de la même manière d’une région à l’autre mais qui est toutefois une langue.

Par Michel BELLON le 25/01/14 à 9h03

Salut Chris,

Je partage la même impatience que toi. L’ancienne méthode méritait en effet d’être remplacée, même si je la conserverai et utiliserai toujours à l’occasion.

Quant à la question langue / dialecte / (patois ?…), elle dépasse le cadre de la stricte linguistique. L’occitan est considéré tel ou tel surtout en fonction du regard porté sur la culture qu’il véhicule, longtemps été niée, voire opprimée. Heureusement, les choses évoluent, et la récente ratification par la France de la charte européenne sur les langues minoritaires en est une preuve.
Je dirais que l’occitan, tant par sa structure particulière (phonétique, morphologie, syntaxe) que par son vocabulaire, et bien entendu par son histoire, et la culture qu’il reflète, est une langue à part entière, si l’on considère que ce terme désigne un niveau « supérieur » aux autres, La langue dont il est le plus proche est plutôt le catalan que le français.

Michel.

Par Michel BELLON le 25/01/14 à 9h05

Je rectifie :
… la culture qu’il véhicule, QUI A longtemps été niée…
😀

Par Jean-Paul le 27/01/14 à 0h29

l’entretien est fort intéressant. j’avais la méthode de 1975, mais j’attendais une nouvelle version. Dans le collège où je travaille nous enseignons le provençal avec un certain succès auprès des élèves…
saluts à Chris et Michel

Par Claude Laporte le 04/02/14 à 10h59

Je viens de recevoir cette méthode et je la trouve fabuleuse.
Je n’avais pas aimé le militantisme politique de l’ancienne méthode d’occitan et je trouve que celle-ci est beaucoup plus valable du point de vue culturel. Plus de discours grandiloquent sur le devenir politique de l’Occitan, mais la langue et la culture. Beaucoup de leçons contiennent des extraits d’auteurs, depuis les troubadours jusqu’aux écrivains contemporains en passant par Frédéric Mistral (les premiers vers de Mireille constituent la leçon 67).
La diversité des parlers d’oc est beaucoup mieux respectée que dans l’ancienne méthode. Il y a en effet des leçons sur des parlers que je n’aurais jamais espéré voir abordés un jour: citons en vrac le judéo-provençal (leçon 64), les parlers du Croissant (leçon 83), ceux des Valli occitane du Piémont (leçon 89), celui de l’enclave occitane de Calabre (leçon 90), l’aranais (leçon 75), pas moins de six leçons consacrées à la langue littéraire du Moyen Âge…
Que du bonheur!

Par Antonin COSTE le 10/02/14 à 9h58

@Chris

 » l’occitan est-il considéré comme une langue à part entière, ou bien d’un dialecte ? ». C’est expliqué dans l’entretien: une langue d’une part distincte du français, de l’espagnol, de l’italien, … qu’on appelle aussi « la lenga d’òc » ( comme Mistral); d’autre part une langue avec des variations, une prononciation, des accents, … bien marqués suivant les régions ( Gascogne, Languedoc, Provence, …).

E plan mercés als autors d’aver rejovenit aquel metòde. Òsca!

Par pascal le 15/02/14 à 6h45

Bôjur,
câ ô écri la lâg frâsèz â ortograf sîplifié ô obtiî yn lâg dô l-écrityr resâbl a l-oxitâ, vu ne trouvé pa ?
J-è açté la métod d-oxitâ pyblié depyi kèk ané é l-è truvé îtérésât…mèrsi

Par Marcelle RANGHEARD Puy de Dôme le 22/02/14 à 18h53

Je remercie beaucoup Nicolas Quint qui m’a envoyé la méthode complète du fait que j’ai participé à l’élaboration de cette dernière.
J’ai été très touchée par ce geste et je l’en remercie encore.
J’essaie de faire connaitre cette méthode autour de moi.
Je vous prie de croire en ma sympathie occitane.

Par Yann le 22/02/14 à 19h48

Mouais Pascal sauf que cette orthographie simplifiée est très imparfaite.

– D’une part rien qu’un exemple avec le son [k] qui un coup est écrit dans câ (quand) et un autre dans kèk (quelques). Quelle raison est la raison valable de cette exception ? Si on me dit parce ce que ou le c se prononce [s] alors dans ce cas là, pourquoi donc écrire mèrsi au lieu de mèrci par exemple ?

– D’autre part, les liaisons sont absentes : ô obtiî pour on (n)obtient ou encore kèk ané pour quelques (z)années.
Avec le 1er point, ça fait déjà deux exemples prouvant que cette graphie ne permet pas non plus d’écrire la langue comme elle se prononce donc pourquoi faire l’effort de changer tout le système en place pour un autre lui aussi bancal en fin de compte ?

– Pour finir elle est le reflet d’une seule partie de la francophonie. Par exemple en ce qui me concerne, je prononce français « frãsé » mais pas « frãsè » ou une semaine « yn semène » mais pas « yn smèn ».
La francophonie, c’est certes la France et de Lille à Perpignan, Bruxelles et la Wallonie belge, la Romandie suisse, une grosse partie de l’Afrique et évidemment du Canada principalement au Québec. On parle tous la même langue mais différemment.

Je pense aussi que l’orthographe française pourrait être revue mais je ne suis pas d’accord avec la manière. C’est pas avec un système pareil qu’on solutionnera correctement les problèmes à mon avis.
Le français et l’occitan étant toutes les deux des langues romanes, c’est normal qu’elles se ressemblent (comme aussi l’italien avec l’espagnol à première vue pour quelqu’un n’y connaissant rien).

Par pascal le 02/03/14 à 5h03

En réponse à Yann…pour ‘kèk’, c’est une erreur de ma part…j’aurais dû écrire ‘ cèc’ puisque ni le k ni le q ne sont utilisés en ortograf sîplifié (donc…même en simplifiant on fait encore des fautes…).
L’orthographe non simplifiée ‘ai’ se prononce ‘è’ en français correct, mais dans certaines régions les gens ne font pas la différence entre les sons ‘é’, ‘è’…Ecrire en sîplifié, smèn pour semèn…pourquoi pas ?
La suppression des liaisons…et après tout,faut bien innover…Par habitude les gens les feront…L-avâtaj de l’ortograf sîplifié s-è c-èl ytiliz mwî de lètr…dôc d-âcr…Par exâpl : PATISRI o lië de ‘pâtisserie’…A part cela je sais bien que l-ortograf sîplifié n-è c-ê exèrsis de stil…Eé mèrsi de vo rmarc !

Par Michel BELLON le 03/03/14 à 20h31

Bonjour,

Mis à part les critiques déjà faites, je vois dans le système de Pascal encore des choses qui ne vont pas ;).

Par exemple, la question des liaisons. C’est l’une des difficultés majeures du français pour les apprenants étrangers. J’en guide plusieurs, et je constate que l’une des meilleures façons de contourner cette difficulté, c’est de s’appuyer au moins un peu sur l’orthographe. En effet, en dépit de ses nombreux défauts, elle donne des indications précises dans ce cas (granD ami, siX hommes, troP attendre, etc.). Supprimer purement et simplement la représentation de ces liaisons sous prétexte que les lettres concernées ne se prononcent pas dans certains cas, c’est traiter le problème par la facilité, et de plus introduire de nouvelles sources d’erreurs. Si je suis tout à fait d’accord pour simplifier le système actuel, je crois qu’il faut le faire avec raison, sans remplacer les incohérences actuelles par d’autres.

Pascal représente le son généralement écrit -in- dans l’orthographe actuelle par -î-. Or, phonétiquement, ce son n’a rien à voir avec /i/. Il s’agit au contraire d’une version nasalisée du /è/, et il devrait donc être représenté logiquement par -ê-. Il n’y a pas de /i/ nasal en français. Ce son n’existe pas dans beaucoup de langues, mais on peut le trouver pourtant dans une langue proche, le portugais (de même d’ailleurs que le /ou/ nasal, également inexistant en français).

Autre chose qui n’a pas trait directement à l’orthographe simplifiée de Pascal : il est faux de dire que la graphie -ai- représente le son /è/ en français « correct ». Ce digraphe peut correspondre, selon les normes les plus classiques de la langue française, aux sons /é/ ou /è/. C’est ce qui fonde la différence entre les formes du futur et du conditionnel (j’aurai /oré/ ~ j’aurais /orè/) ou entre celles du passé simple et de l’imparfait (je parlai /parlé/ ~ je parlais /parlè/). Même lorsque ce digraphe ce trouve dans un même contexte phonétique et graphique, il peut représenter les deux sons, selon les mots : aimer (verbe) /émé/ ~ un aimant (nom) /èmã/.
Il est tout aussi faux de dire que dans certaines régions, on ne fait pas la différence entre /é/ et /è/. Simplement, dans ces régions (en gros, le sud de la France, dont je suis), la répartition de ces deux sons obéit à une règle combinatoire assez simple : lorsque la syllabe est ouverte (c’est-à-dire se termine par une voyelle), le son est ouvert : c’est la raison pour laquelle notre accent méridional ne fait pas la différence entre « j’aurai » et « j’aurai » (dans les deux cas, /oré/, puisque la syllabe se termine par la voyelle). Par contre, quand la syllabe est fermée (par un son consonantique), le son est à l’inverse ouvert : on dit chez nous « père » /pèr/, « net » /nèt/, etc. comme à Paris ! 🙂

Bonne soirée à tous,
Michel.

Par Michel BELLON le 04/03/14 à 9h08

Bonjour,

Désolé, je suis allé trop vite encore une fois…
On risque de ne pas comprendre mon exemple, dans le dernier paragraphe, sans la rectification suivante :
 » notre accent méridional ne fait pas la différence entre « j’aurai » et « j’auraiS »  »
Il s’agissait bien sûr de cette différence entre le futur et le conditionnel évoquée plus haut qui, comme celle entre le passé simple et l’imparfait, n’est plus réalisée en français méridional, étant donné que la syllabe étant ouverte, la voyelle finale se ferme et se prononce dans les deux cas /é/.
Il me semble, soit dit en passant, que l’élimination de cette différence dans ces temps a tendance à disparaître ailleurs qu’au sud de la France. Cela pourrait en partie s’expliquer par le fait que le passé simple ne s’emploie plus en français parlé contemporain, et que d’un autre côté les formes du futur simple sont souvent remplacées par celles du futur composé avec l’auxiliaire « avoir » (je parlerai > je vais parler). Ainsi, la langue ayant moins d’occasions d’opposer les deux formes par la différence entre les sons /é/ et /è/, leur présence dans le système devient moins « utile ». Ce genre de situation, dans toutes les langues, est très propice à l’évolution et au remplacement de certaines formes par d’autres, et en constitue même l’un des moteurs principaux.

J’ajoute que cette règle phonétique (syllabe ouverte > voyelle fermée // syllabe fermée > voyelle ouverte) concerne aussi les sons /o/ et /eu/. C’est la raison pour laquelle nous disons dans le sud plutôt « rose » /ròz/ avec un /o/ ouvert, et « joyeuse » /jwayèuz/ avec un /eu/ également ouvert. Mais quand ces sons se trouvent en syllabe ouverte, ils se prononcent chez nous avec le son fermé correspondant, comme généralement en français standard (que Pascal a appelé « correct » ;)), et nous faisons donc bien la différence entre « port » /pòr/ avec /o/ ouvert et « pot » /pó/ avec /o/ fermé, ou entre « jeune » /jèun/ avec /eu/ ouvert et « jeu » /jéu/ avec /eu/ fermé. Par contre, nous ne faisons spontanément pas de différence entre « jeune » et « jeûne » (qui, en français standard, doit être réalisée /jèun/ ~ /jéun/), puisque la syllabe étant fermée, nous prononçons un /èu/ ouvert dans les deux cas.

Bonne journée à tous,
Michel.

Par pascal le 26/03/14 à 2h26

Merci pour les remarques faites au sujet de cette ortograf sîplifié dy frâsè…que j’essaie, comme une sorte de jeu linguistique…de mettre au point. J’ai choisi d’orthographier le son nasal ‘in’,’ain’ par’ î,’ parce que j’ai utilisé ‘ ê’ pour transcrire le son ‘un’…Quant aux sons’ é ‘, ‘è’, je suis parti du principe que ‘ai’ ‘ei’ se prononcent ‘è’ et ‘er’, ‘ez’ se pronocent ‘è’….Par contre je ne marque pas la différence entre les ‘o’ et les ‘ô’ ni entre les ‘a’ et les ‘â’ de l’orthographe standard.
Comment distinguer alors les homonymes parfait…
Par exemple : il vient par ici…et une part de gâteau…
Par le contexte : il viî par isi…Yn par de gato.
Car, en français, la par n’existe pas…
Ou alors par l’utilisation du ‘h’ :
Il fait beau écrit : Il fè bo…Et un pied bôt écrit ê pié boh…ou bho…Le h pouvant, en principe être placé n’importe où et n’intervient pas dans la prononciation…
Puisqu’il s’agit d’une orthographe simplifiée, l’étymologie n’intervient pas….Par exemple : bo et bèl.
Quant aux liaisons…elles m’ont semblé incompatible avec cette ortograf sîplifié : ê arbr…dé arbr….Ecrire ê- n-arbr, dé-z- arbr alourdiraient trop cette ortograf…ceux qui veulent pourront toujours remettre les liaisons eux-mêmes…hein…non ?…
La simplification de l’orthographe française me fait penser qu’il faudra aussi un jour simplifier l’orthographe de l’anglais…

Par pascal le 26/03/14 à 2h29

Je viens de voir que j’ai commis une erreur que je corrige ici : les graphies ‘er’, ‘ez’ se prononcent ‘é’…

Par pascal le 26/03/14 à 2h33

L’avantage de l’occitan, c’est que lui, il a pas besoin de simplifier son orthographe !

Par pascal le 26/03/14 à 3h20

Bravo a Asimil d-avwar sorti yn nuvèl métod d-oxitâ…Pur ma par, je me côtâterè âcor cèlc tâ de l-âsièn ci me côviî asè biî…Mizapar sèt lâg -si j-è py me procyré praticmâ tut lé métod asimil : âglè, almâ, néèrlâdè, syédwa, danwa, norvéjiî, rys, ycrèniî, sèrb, croat, rumî, italiî, latî, cors, èspaniol, portygè, catalâ, grèc, arméniî, îdi, tamul, arab, ébrë, finwa, ôgrwa, tyrc, çinwa, japonè, coréî, îdonéziî, swaili, malgaç, alzasiî, bretô, grèc âsiî, slovèn, slovac, syis almâ, flamâ, urdu, tibétî, laosiî…créol…Je n-è pa py açté lé acôpanimâ sonor de çac livr, élas, mè otâ ce fèr se pë.
De tut manièr ocyn lâg n-è côdané a rèsté prizonièr de sô ortograf ci n-è ce côvâsionèl é suvâ ilojic…Par èxâpl, le mo filozofi, écri philosophie â frâsè stâdar, alorc le mo grèc orijinèl n-a pa lé lètr p é h mè yn sël lètr dit ‘phi’ (fi)…Brèf filozofi è ply lojic lîgwisticmâ ce philosophie…Cât a l-Académi, il fo rapelé ce l-Académi è o sèrvis de la lâg frâsèz é pa la lâg frâsèz o sèrvis de l-Académi…dô lé psëdo-réform de l-ortograf frâsèz ci côsist a ne réformé ce la syrfas me fô biî rir….Com si la syprèsiô dé trè d-yniô âtr révèi é matî alè fèr soné ply tô la vrè réform é sîplificasiô de l-ortograf de la bèl lâg frâsèz dô vu avé com ê apèrsy isi. Sâ dut yn sîplificasiô ci demâderè âcor cèlc améliorasiô, mè, ci, j-â syi sèrtî tiî la rut….La lâg apartiî o sitwaiî é le sitwaiî â fè se ci lyi plè…Së ci vudrô écrir boulangerie l-écrirô îsi, é së ci préfèrrô bulâjri l-écrirô îsi….Mèrsi de m-avwar ly.

Par Michel Bellon le 27/03/14 à 0h02

Bonsoir Pascal,

J’admire ta constance et je crois pouvoir dire que je comprends tes arguments.
Je reste cependant en désaccord avec toi sur les points que j’ai déjà évoqués.

Permets-moi de revenir encore une fois sur la question des liaisons, qui me paraît être la partie la plus faible de ton système.
Tu veux simplifier l’orthographe du français pour la rendre plus proche de la prononciation. Dans ces conditions, comment peux-tu « défigurer » cette prononciation sur un point pourtant essentiel et inhérent à notre langue ? Le fait de supprimer la notation des liaisons ne fait qu’introduire des complications supplémentaires, en particulier pour les non-francophones qui apprennent la langue de Molière.
À ce compte-là, et si je pousse ton principe à son extrême, tu pourrais tout aussi bien supprimer les terminaisons verbales, car après tout, si l’on considère que l’on a affaire à des locuteurs natifs (cela semble sous-tendre ton raisonnement), ils connaissent instinctivement ces terminaisons, et « ceux qui veulent pourront toujours remettre les [terminaisons] eux-mêmes…hein…non ? » 🙂 On pourrait donc écrire « je parl, nu parl, vu parl » au lieu de « je parl, nu parlô, vu parlé »… J’exagère sans doute un peu, et pourtant le système orthographique de certaines langues, qui utilisent des pictogrammes, idéogrammes et différents types de caractères sont proches de l’application de ce principe. Et que dire aussi de l’omission des voyelles en arabe ou hébreu ? Ne pourrait-on pas en définitive faire la même chose pour simplifier encore plus et écrire « j prl, n prl, v prl » ? 😉
Mais plus sérieusement, je ne vois pas en quoi écrire « ên arbre / ê livre » et « déz arbr / dé livr » serait à proscrire, puisque cela correspond à la prononciation réelle. Inutile de séparer le son /n/ ou /z/ par un tiret, d’ailleurs. L’anglais (qui n’est certes pas un exemple en matière de régularité orthographique, j’en conviens) a bien une double forme pour l’article indéfini, devant son consonantique ou vocalique : a / an (mais il est vrai qu’à l’inverse, il ne distingue pas à l’écrit les prononciations différentes de « the » dans « the sea » et « the ocean » :D).

Par ailleurs, il me semble qu’il y a une petite incohérence dans certains de tes propos. Tu dis par exemple que l’étymologie n’intervient pas, et tu cites à titre d’exemple le couple « bo / bèl ». Comment faut-il comprendre cela ? Fais-tu référence à la forme du masculin et du féminin de cet adjectif (beau / belle), ou à la double forme du masculin, devant consonne ou devant voyelle (un beau livre / un bel arbre) ? Cela, tu le vois, nous ramène à la question des liaisons, et permet de voir que ce phénomène d’adaptation phonétique est très ancré dans notre langue. Dirais-tu alors qu’il faudrait dans les deux cas écrire « ê bo livr, ê bo arbr » et laisser les locuteurs rétablir la prononciation correcte /ê bèl arbr/ dans le second cas, de la même façon que tu leur laisses le soin de restituer /êN asé grâT arbr/ à partir de « ê asé grâ arbr » ?
J’ai aussi du mal à comprendre pour quelle raison il faudrait distinguer entre « bo » et « boh » (ou « bho »), ce qui est tout à fait inutile si l’on part de tes propres principes : dans les phrases qui précèdent, tu indiques toi-même à juste titre que le contexte (et, j’ajoute, la situation) permettent dans quasiment tous les cas de comprendre ce qui est écrit. Les mots sont en effet rarement utilisés seuls, mais ils entrent dans un réseau de relations qui modifie, ou plus exactement qui construit leur sens. Et au-delà de la phrase effectivement prononcée ou écrite, les mots entretiennent une relation moins visible, mais tout aussi déterminante, avec leurs semblables susceptibles d’apparaître dans la même position. Donc, il n’y a aucun risque qu’on confonde « par » et « part », en effet, car face à « la part de gâteau », on pourrait avoir par exemple « le morceau de gâteau », et face à « il vient par là », par exemple « il vient de là », mais « le de de gâteau » ou « il vient morceau là » ne sont pas possibles. C’est la même chose, toujours avec cette homophonie, pour « Je pars demain », qui pourrait donner « Je m’en vais demain », et « Je pare le coup » qui pourrait se transformer en « J’esquive le coup », alors que « J’esquive demain » est extrêmement peu probable et « Je m’en vais le coup » carrément impossible.
Restent des cas comme « Le pied bot » (pas : bôt ! ;)) / « Le pied beau » (ou la première variante est beaucoup plus vraisemblable, de toute façon), ou bien « Le seau est sous la table » / « Le sceau est sous la table », voire : « Le sot est sous la table », où là aussi il y a un ordre de vraisemblance, et où le contexte ou la situation ont un rôle important à jouer pour lever une possible ambiguïté.

Attention enfin à la question de la double graphie qui représente un seul son. L’exemple du φ grec n’est pas entièrement convaincant, car nous parlons là de translittération. Même en grec ancien (mais encore plus en grec moderne !) une graphie double peut représenter un son unique. Cependant, j’admets volontiers que l’une des première simplifications à apporter à l’orthographe française serait de remplacer (comme c’est le cas en espagnol) les ph, th et ch hérités du grec (langue très vénérable) par des f, t et c : « filosofie », « téatre » et « cristianisme » m’iraient très bien personnellement.

Comme tu le vois, je pense qu’il est possible de simplifier progressivement, et cela me paraît préférable pour établir de nouvelles habitudes. Celles-ci seraient sans doute plus facilement acceptables si elles étaient introduites graduellement, alors qu’un basculement en une fois vers un système entièrement nouveau rebuterait certainement une majorité d’utilisateurs, même parmi ceux qui ne sont pas les plus experts en orthographe traditionnelle.

Bonne soirée,
Michel.

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