Isabelle Simões Marques et Adelina Castelo, toutes deux maitresses de conférences à l’Université Alberta de Lisbonne, reviennent sur la genèse et les enjeux de la nouvelle méthode de portugais dans la collection sans peine, qui vient de paraître.
Quel est votre parcours et quel est votre rapport à la langue portugaise ?
Adelina : Je suis portugaise et je suis née et j’ai grandi à Lisbonne, où j’ai vécu la majeure partie de ma vie et obtenu mes diplômes de licence, de master et de doctorat en linguistique portugaise. J’ai presque toujours travaillé comme professeure de portugais, que ce soit comme langue maternelle ou comme langue étrangère, et j’adore ce métier. J’ai également enseigné le portugais et formé des professeurs de portugais en Chine (à Macao et en Chine continentale). J’apprécie particulièrement de partager ma langue et ma culture avec des personnes dont ce n’est pas la langue maternelle.
Isabelle : Née à Paris, j´ai effectué l´ensemble de ma scolarité en France. Dans le cadre de mon doctorat en Études Portugaises, j´ai bénéficié d´un régime de cotutelle entre Paris et Lisbonne, ce qui m´a permis d´approfondir mes compétences en linguistique, et plus particulièrement en analyse du discours. Titulaire de deux maîtrises de l´Université Paris 8, l´une en Études Portugaises et l´autre en Français Langue Étrangère (FLE), j´ai pu accéder au poste de lectrice de FLE au Portugal dès la soutenance de ma thèse. Issue d´une famille portugaise, j´entretiens un rapport à la fois académique et sentimental avec mes deux langues, le français et le portugais, que j´ai aujourd´hui un immense plaisir à enseigner et à transmettre.
L´objectif est que l’utilisateur ait l’impression d´entendre une conversation authentique à Lisbonne ou Porto, et non un exercice de grammaire déguisé. Tout l’art de l´auteur consiste à dissimuler la progression pédagogique derrière une narration fluide et vivante qui donne envie de passer à la leçon suivante.
Isabelle Simões Marques
Comment est-ce qu’on aborde une méthode de langue avec un cahier des charges aussi écrit que l’est celui d’un cours pour Assimil ?
A : Ce projet présente certains défis de taille : suivre des règles claires et précises pour la création des supports pédagogiques dès le départ ; élaborer un grand nombre de leçons, du niveau A1 au niveau B2 ; décrire la prononciation de la langue de manière à la fois détaillée et accessible aux personnes n’ayant pas de connaissances en phonétique ; et veiller scrupuleusement au respect des règles d’utilisation de la traduction. Cependant, comme je partage les principes de cette méthode et que j’aime partager ma langue et ma culture, j’ai finalement beaucoup apprécié cette tâche. De plus, je fais de la recherche sur l’enseignement de la prononciation, et j’ai donc également apprécié l’opportunité de décrire la phonologie de la langue. Concrètement, il me semble que pour les auteurs le plus important est de bien planifier en amont afin de couvrir un large éventail de thèmes, de vocabulaire, de points de phonétique et de grammaire.
I : Pour compléter l´analyse d´Adelina, je dirais que le véritable défi d´un cahier des charges aussi précis consiste à humaniser la structure. La rigueur de la méthode ne doit pas être perçue comme une contrainte par l’apprenant, mais comme un gage d´efficacité. L´objectif est que l’utilisateur ait l´impression d’entendre une conversation authentique à Lisbonne ou Porto, et non un exercice de grammaire déguisé. Tout l´art de l´auteur consiste à dissimuler la progression pédagogique derrière une narration fluide et vivante qui donne envie de passer à la leçon suivante. Plus que d´enseigner une langue, il s’agit de transposer une atmosphère. Cela passe par l´intégration de détails du quotidien, de codes sociaux et de nuances de politesse qui ne se traduisent pas littéralement, mais qui se ressentent. C´est cette immersion culturelle qui soutient la motivation de l´élève tout au long des cent leçons. Le rôle de la traduction et des notes est de servir de guide invisible. Il faut savoir anticiper les réflexes du public francophone pour faciliter le passage de la compréhension passive à la production active, en transformant les zones de résistance de la langue portugaise en étapes de progression naturelles et gratifiantes.
Quelles sont vos sources d’inspiration pour les thèmes abordés dans les dialogues ? Pourquoi ces choix ?
A : Les thèmes ont été choisis pour aborder différents aspects de la vie quotidienne et de la culture portugaise, couvrant ainsi le vocabulaire et la grammaire des niveaux A1 à B2. Quant aux sources d’inspiration, les histoires s’inspirent principalement d’épisodes vécus régulièrement ou ponctuellement, ou d’anecdotes entendues. Nous avons également inventé quelques histoires à partir de proverbes, car ils constituent une part importante de notre culture orale et quotidienne.
I : Pour prolonger ce qu´Adelina vient d´évoquer, notre inspiration puise également dans la volonté de refléter un Portugal contemporain et authentique, loin des clichés purement touristiques. Au-delà de la vie quotidienne, nous avons cherché à varier les cadres géographiques et sociaux (du dynamisme urbain de Lisbonne à la sérénité des paysages de l´intérieur) afin de confronter l´apprenant à différentes facettes de la réalité portugaise. Nos choix thématiques ont aussi été guidés par ce que l´on appelle « l’intelligence culturelle ». Par exemple, la manière de négocier, de remercier ou de s´exprimer lors d´un dîner entre amis. Ces situations permettent d´introduire des nuances de langue (comme le vouvoiement spécifique ou les expressions idiomatiques) qui ne s´apprennent pas dans les dictionnaires, mais qui sont essentielles pour ne pas se sentir étranger. Si certains thèmes sont incontournables pour la survie pratique, nous avons aussi choisi des sujets qui suscitent l´étonnement ou la réflexion. Pourquoi ce choix ? Parce qu´un apprenant qui s´amuse ou qui est intrigué par une anecdote mémorise beaucoup plus facilement les structures grammaticales sous-jacentes. En somme, notre inspiration vient de ce désir constant de créer un pont entre le besoin académique de l´apprenant et son envie de découvrir la « vraie vie » portugaise.
Vous vivez et enseignez au Portugal. Était-ce pour vous un défi de rédiger cette méthode en 100 leçons à destination d’un lectorat francophone ?
Isabelle : Vivre et enseigner ici, au Portugal, tout en ayant grandi et étudié en France, a transformé ce défi en une mission passionnante. Le véritable enjeu n´est pas seulement de transmettre une grammaire, mais de construire un pont entre deux cadres de pensée. Le fait d’être quotidiennement immergée dans la langue portugaise me permet de saisir les évolutions les plus récentes de la langue. Le défi est alors de prendre assez de recul pour identifier ce qui, pour un francophone, va représenter un obstacle (comme, par exemple, la distinction entre ser et estar ou la complexité des pronoms). Ma propre scolarité en France me sert ici de boussole : je me demande constamment : « Comment aurais-je aimé qu´on m´explique cela ? » De plus, enseigner au Portugal me confronte aux erreurs typiques des étrangers. Pour cette méthode, le défi a été d´anticiper ces « zones de friction” dès la conception des leçons. On ne rédige pas de la même manière pour un public global que pour un lectorat francophone ; il y a des proximités entre nos deux langues qui sont des tremplins, mais aussi des pièges qu´il a fallu baliser avec soin. Réussir à condenser toute la richesse et la subtilité de la culture portugaise en seulement 100 leçons impose des choix cruciaux. C´est là que notre expérience d´enseignante est cruciale : elle nous aide à hiérarchiser ce qui est essentiel pour une communication authentique et immédiate, tout en gardant cette rigueur académique nécessaire pour progresser vers les niveaux B1/B2. En fin de compte, ce n´est pas seulement une méthode de langue que nous avons rédigée, c´est aussi un guide pour aider le lecteur francophone à se sentir « chez lui » au Portugal, en lui donnant les clés d´une langue que nous aimons profondément enseigner.
Quels sont vos conseils pour un apprenant débutant en portugais ?
A : Mon conseil « suit » le verbe portugais « APOIAR » (appuyer, soutenir), comme il est expliqué dans l’introduction. Parmi les idées représentées par ce mot, je soulignerais principalement la persistance et l’amusement : suivre la méthode à un rythme régulier et constant, et essayer de s’amuser avec les leçons, les illustrations, et même avec des ressources audiovisuelles attrayantes sous-titrées en français trouvées sur Internet, afin d’assimiler les sonorités de la langue.
I : Pour compléter les excellents conseils d’Adelina, je suggérerais à l´apprenant d’adopter une posture de « curiosité bienveillante » envers ses propres erreurs. Le portugais et le français sont des langues proches, ce qui est un avantage immense, mais cela peut aussi être un piège. Mon premier conseil est de ne pas attendre de maîtriser parfaitement la grammaire pour commencer à pratiquer les sons. La méthode Assimil repose sur l´intuition ; il faut accepter de ne pas tout comprendre rationnellement dès le début pour laisser la musique de la langue s´installer. Le lecteur francophone possède déjà, sans le savoir, un trésor de vocabulaire grâce aux racines latines communes. Mon conseil est de s´appuyer sur ces similitudes pour gagner en confiance, tout en restant vigilant face aux faux-amis. En plus de la régularité, je conseille d’écouter les enregistrements de la méthode par petites touches, même en faisant autre chose. L´idée est d´habituer l’oreille aux nasales et aux voyelles fermées, qui sont souvent le plus grand défi pour un francophone. En résumé, mon conseil serait de cultiver le plaisir de la découverte : chaque leçon est une petite victoire. Si l´on combine la régularité (le fameux « APOIAR » mentionné par Adelina) avec une certaine audace orale, les progrès deviennent très vite gratifiants.
Qu’est-ce qui, selon vous, fait du portugais une langue facile à apprendre pour les francophones ?
I. : En tant que linguiste, je dirais que le plus grand atout des francophones est la parenté latine, qui agit comme un véritable accélérateur d’apprentissage. Un francophone comprend déjà environ 50 à 60 % d’un texte écrit en portugais sans même l´avoir étudié. Cette reconnaissance immédiate du vocabulaire réduit considérablement la barrière psychologique du débutant. On ne part pas de zéro ; on réactive un héritage commun. L´organisation des phrases et la logique grammaticale sont extrêmement proches. Contrairement à des langues plus éloignées, le francophone n´a pas besoin de « réorganiser” son cerveau pour construire une idée en portugais. Cette fluidité structurelle permet d´arriver très vite à des échanges gratifiants. Si la phonétique peut impressionner au début, elle partage avec le français une caractéristique essentielle : les sons nasaux. Pour un apprenant anglo-saxon ou germanophone, c´est un obstacle majeur, alors que pour un Français, c´est une sonorité familière qu´il faut simplement apprendre à moduler différemment. C´est cet équilibre entre familiarité et dépaysement qui rend l’apprentissage si stimulant. Pour un francophone, apprendre le portugais, ce n´est pas découvrir une terre totalement inconnue, c´est plutôt retrouver une « voisine” avec laquelle on partage une histoire et une sensibilité communes.
En réalité, la phonétique portugaise présente certaines particularités, mais elle n’est pas plus exigeante que celle des autres langues romanes. Comme l’espagnol ou l’italien, elle possède un accent tonique à position variable, ce qui peut s’avérer plus complexe pour les francophones.
Adelina Castelo
Et a contrario quelles sont les difficultés objectives du portugais ?
I : Si la proximité des deux langues est un atout, elle crée aussi des « zones de confort trompeuses” » Le portugais a conservé des formes que le français a simplifiées ou perdues. Je pense notamment au futur du subjonctif ou à l’infinitif personnel, deux outils d´une précision incroyable pour exprimer l’hypothèse ou l’intention, mais qui demandent un effort d´adaptation mentale pour un francophone. En outre, en portugais européen, la position des pronoms par rapport au verbe change selon que la phrase est affirmative, négative ou interrogative. C´est une gymnastique très différente du français, où la place du pronom est beaucoup plus rigide. La ressemblance des mots pousse parfois à calquer des expressions françaises qui n’existent pas en portugais. Il faut aussi apprendre à jongler avec les deux verbes « être »(ser et estar), une distinction qui demande d´intégrer une nouvelle perception du temps et de l´état des choses. Le rôle de notre méthode est précisément de transformer ces difficultés « objectives » en automatismes naturels, en guidant l’apprenant pas à pas pour qu´il ne se laisse pas décourager par ces spécificités qui font toute la beauté et la richesse de la langue portugaise.
La phonétique du portugais est délicate, mais pas forcément plus ardue que les autres langues romanes. Que pouvez-vous nous en dire ?
A : En réalité, la phonétique portugaise présente certaines particularités, mais elle n’est pas plus exigeante que celle des autres langues romanes. Comme l’espagnol ou l’italien, elle possède un accent tonique à position variable, ce qui peut s’avérer plus complexe pour les francophones. Cependant, nous avons l’avantage de disposer de règles d’accentuation graphiques permettant d’identifier cette position (contrairement à l’anglais et à une langue romane comme l’italien, par exemple). Par ailleurs, les voyelles constituent généralement un défi majeur lors de l’apprentissage d’une langue étrangère, et les francophones sont déjà très bien préparés pour apprendre les voyelles portugaises, puisqu’ils possèdent même des voyelles qui n’existent pas en portugais. Il est également intéressant de noter que le portugais utilise fréquemment des voyelles fermées et en omet parfois, ce qui lui confère une sonorité distincte de celle de la plupart des langues romanes. Nombre d’apprenants trouvent cette sonorité plus fermée et mystérieuse du portugais bien intéressante.
I : En effet, le portugais est une langue à accent tonique, contrairement au français qui est une langue à accent fixe. De plus, la réduction des voyelles non accentuées (le fait que les voyelles se « ferment » ou disparaissent presque à l’oral) peut rendre la compréhension des natifs difficile au début, même si l´on connaît les mots à l’écrit.
Quelle évolution suit le portugais moderne ? Est-il poreux et perméable à d’autres langues ?
I : C’est une question passionnante qui touche à la sociolinguistique. Le portugais, comme toutes les langues vivantes, est un organisme en mouvement, et son évolution actuelle est marquée par une double dynamique de mondialisation et de réaffirmation identitaire. Le portugais est, par nature, une langue de voyageurs et de contacts, donc historiquement poreuse. Comme partout, l’anglais exerce une pression forte, surtout dans les domaines de la technologie, de la finance et du marketing (on parle de feedback, de lifestyle ou de start-up). Cette porosité est réelle, mais elle est souvent compensée par une capacité d´adaptation : le portugais « lusophonise » volontiers les termes étrangers. L´influence croissante du Brésil est sans doute l´évolution la plus fascinante pour le portugais européen. Via les réseaux sociaux, la musique et les séries, le lexique et certaines tournures syntaxiques brésiliennes s’installent progressivement au Portugal, rendant la langue plus élastique et informelle. Ce n´est plus une langue qui rayonne à partir d´un seul centre (Lisbonne), mais une langue qui s´enrichit également de ses variantes angolaises, mozambicaines et cap-verdiennes. Cette « porosité interne » entre les pays lusophones est plus puissante aujourd´hui que l´influence des langues étrangères. Malgré cette perméabilité, le portugais conserve une structure très résiliente car contrairement à une idée reçue, il existe un attachement très fort à la correction de la langue au Portugal. Les institutions veillent, et le public lui-même est souvent fier de la complexité de sa syntaxe (comme l´usage de l’infinitif personnel ou du futur du subjonctif), qui reste un marqueur culturel fort face à la simplification globale. Le portugais moderne est perméable, oui, mais il n´est pas passif. Il absorbe les influences extérieures pour rester connecté au monde, tout en renforçant ses structures propres pour préserver son identité. Pour un apprenant, c´est une excellente nouvelle : cela signifie qu´il apprend une langue qui est à la fois ancrée dans une tradition millénaire et parfaitement adaptée aux réalités du XXIe siècle.
Quelles sont notamment les communications et les échanges avec le portugais du Brésil, ou le portugais parlé en Afrique ?
A : Actuellement, le Portugal compte de nombreux immigrants originaires du Brésil et de pays africains lusophones. Outre la présence de camarades de classe brésiliens et africains, beaucoup de jeunes consultent des contenus internet en portugais brésilien. Par conséquent, je pense que le portugais parlé au Portugal aura tendance à intégrer des mots et des expressions issus d’autres variétés nationales, notamment du portugais brésilien.
I : Cette question touche à la dimension véritablement globale du portugais. Comme je l´évoquais, le portugais n´est plus une langue à centre unique, mais un espace de dialogue permanent entre plusieurs continents. En raison de l’immigration et de la mobilité étudiante, le Portugal est devenu un laboratoire vivant où cohabitent toutes les variantes de la langue. Cela crée une intercompréhension accrue. Un Portugais aujourd´hui est exposé quotidiennement au lexique brésilien (via les réseaux sociaux et la culture) et aux sonorités africaines (via la musique comme le kizomba ou le kuduro). La porosité lexicale et créative existe entre le Portugal et le Brésil car des termes brésiliens s´installent durablement dans le langage courant au Portugal. Inversement, le Brésil redécouvre certains archaïsmes du Portugal. Avec l´Afrique (Angola, Mozambique, Cap-Vert, Guinée Bissau, etc.) l´apport est souvent d´ordre sémantique et créatif. Le portugais parlé en Afrique réinvente des mots, crée des néologismes très imagés qui redonnent de la vitalité à la langue portugaise plus formelle. Bien que l´Accord Orthographique vise à unifier l´écrit, l´oralité reste merveilleusement plurielle. Pour un apprenant, c´est une richesse immense : apprendre le portugais avec une méthode comme la nôtre, c´est acquérir une base solide qui, avec quelques ajustements d´accent et de vocabulaire, ouvre les portes de neuf pays et de plus de 260 millions de locuteurs. Le portugais est une langue de réseaux et d´échanges et cette circulation constante fait du portugais moderne une langue « archipel » : des territoires distincts, mais reliés par une même mer linguistique en mouvement permanent. Le portugais ne se fragmente pas mais s´enrichit de ses propres variantes. C´est cette dynamique qui en fait l´une des langues les plus vivantes et les plus prometteuses du XXIe siècle.
Au-delà de partager votre savoir, qu’est-ce que la rédaction de la méthode vous a, à vous, apporté ?
A : Cela m’a permis d’approfondir ma connaissance de la culture portugaise, de développer des stratégies pour décrire la phonétique portugaise d’une manière plus accessible aux personnes non formées dans ce domaine, et aussi de prendre conscience de certaines caractéristiques de la langue française et des différences culturelles entre le Portugal et la France. Cela m’a aussi permis de renouer avec la langue et la culture françaises. Je suis diplômée en portugais et en français, mais j’ai rarement enseigné le français.
I : Pour compléter les propos d´Adelina, la rédaction de cette méthode a été pour moi l´aboutissement d´un véritable miroir pédagogique. Ayant consacré une grande partie de ma carrière à enseigner le français (FLE) à des lusophones au Portugal, faire le chemin inverse (enseigner le portugais à des francophones) a été une expérience d´une richesse incroyable. Mon expérience de terrain m´a permis d´identifier avec précision les structures qui posent systématiquement problème lors du passage d´une langue à l´autre. En changeant de perspective pour ce projet, j´ai pu anticiper les points de blocage du lecteur francophone. C´est un avantage stratégique : je connais déjà les zones de friction syntaxiques et phonétiques et j´ai pu intégrer des solutions pédagogiques pour les fluidifier dès la conception des leçons. Mon profil de linguiste m´aide à analyser la structure profonde de la langue, mais mon quotidien de professeure m´impose une efficacité pratique. Ce projet m´a forcée à transformer des concepts complexes en outils d´apprentissage concrets et accessibles, sans sacrifier la rigueur académique. Ce travail a également solidifié ma double identité. Il m´a permis de mobiliser simultanément mon héritage familial, ma formation universitaire française et mon expertise d´enseignante ici, au Portugal. Au-delà de la transmission, cela m´a apporté la satisfaction de bâtir un dispositif de communication entre mes deux cultures.

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