En 1952, Jean Marais est photographié en train de travailler son italien avec son volume de L’italien sans peine en plein tournage à Cinecittà. On vous raconte les coulisses savoureuses de cette photo.
Un tirage original et crédité, retrouvé dans les archives d’Assimil, a permis de retracer partiellement l’histoire de cette célèbre photo.
Elle est signée par tampon « Foto Civirani », la mention officielle d’un des plus grands photographes de plateau italien, Osvaldo Civirani (1917-2008), dont on peut voir de nombreux clichés sur le site de la fondation 3M. Le monde du cinéma lui est très familier puisque son père, Carlo, possède un studio très couru par les comédiens à Rome. C’est d’ailleurs dans ce studio qu’Osvaldo apprend le métier, notamment la retouche.
Osvaldo Civirani, photographe puis réalisateur

Osvaldo Civirani est particulièrement actif entre 1934 et 1960. Au début de sa carrière, à 17 ans, il travaille pour la Cines, la maison de production romaine qui produit le premier film parlant de l’histoire du cinéma italien, La Chanson de l’amour. Les studios de la Cines sont ravagés par un incendie en 1935, et cet événement précipite la création des gigantesques studios de Cinecittà, inaugurés par Mussolini le 28 avril 1937.
Osvaldo innove en réalisant des photos de plateau saisies directement pendant le tournage des scènes d’un film, quand la méthode classique consistait à refaire les scènes pour les photos. Outre ses images sur le tournage d’Ossessione (Les amants diaboliques, 1943) de Luchino Visconti, on peut citer ses collaborations sur des films de Roberto Rossellini, Federico Fellini, Alberto Lattuada ou Pietro Germi. Fait rarissime pour un photographe de plateau, il passe à la réalisation en 1962 et ne reviendra à la photo que de manière épisodique. En 14 ans il tourne 22 films, dont 3 en 1964, 1967 et 1972, des films érotiques, des westerns, des films de guerre, des péplums et même des gialli. Disons, pour être magnanime, que la plupart de ces productions ne sont pas inoubliables.
En tournage pour Pabst
Quand Civirani immortalise Jean Marais plongé dans sa révision d’italien, il s’agit d’une pause sur le tournage de La maison du silence de Georg Wilhelm Pabst, une production italo-française considérée comme médiocre dans la filmographie du réalisateur autrichien et mythique de Loulou et de L’Opéra de quat’sous. André Maurois estime ainsi, dans les colonnes de l’hebdomadaire Carrefour du 20 mai 1953 (« Un Jean Marais invraisemblable »), que « L’idée était belle » mais le film « manqué ». Si la photo semble avoir été prise sur le vif (la boîte devant Jean Marais parait renfermer des documents liés au tournage : on croit y déceler un script), elle a été utilisée dans des campagnes de publicité pour Assimil à la fin des années 50.

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