Qu’est-ce que la francophonie ?

Publié le 15/05/2017 par Assimil
7 commentaires

Ecole primaire au Togo.


Le terme de francophonie a vu le jour en 1880. Il a été utilisé pour la première fois par le géographe Onesime Reclus, afin de désigner l’ensemble des pays et personnes parlant français à travers le monde. Focus sur ce concept parfois méconnu du grand public.

Francophonie et francophonie : quelle est la différence ?

Pour appréhender la notion de la francophonie, il faut prendre en compte la distinction entre la « francophonie » et la « Francophonie » :

  • La « francophonie », c’est-à-dire les personnes parlant français à travers le monde en tant que langue maternelle, langue d’usage, langue administrative, langue d’enseignement, etc. Elles seraient environ 274 millions répartis sur les 5 continents.
  • La « Francophonie », à savoir le dispositif qui organise les relations entre les différents pays francophones. L’OIF (Organisation internationale de la Francophonie) est l’institution de référence promouvant la langue française et la coopération entre les 58 pays membres de l’organisation, 26 pays observateurs et 4 États associés selon la XVIe Conférence des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage Antananarivo (Madagascar), des 26 et 27 novembre 2016. Elle a notamment comme objectifs l’instauration et le développement de la démocratie, la prévention des conflits, la promotion de l’éducation et de la formation mais aussi l’intensification du dialogue entre les civilisations. Dans les faits, les missions de la Francophonie demeurent parfois obscures et méconnues pour de nombreux interlocuteurs concernés.

Focus sur les pays appartenant à la Francophonie :

Francophonie

Histoire et enjeux

On notera que le rassemblement des différents pays francophones trouve principalement sa source dans l’Histoire. Nombre de pays membres de la Francophonie, à l’image de certains pays d’Afrique ou du Canada sont en effet d’anciennes colonies françaises ou belges.

Certains aspects économiques ne sont également pas à négliger. Le français est la 3e langue la plus importante dans le domaine des affaires et les pays francophones représentaient en 2012 16 % du PIB mondial. Ils affichaient en outre un taux de croissance d’environ 7 % et possédaient près de 14 % des réserves mondiales. Des données à mettre en perspective avec le fait que les francophones représentent seulement 4 % de la population mondiale.

Dernier aspect et non des moindres, la volonté de sauvegarder le français sur certains territoires. Le Canada, où l’anglais gagne peu à peu du terrain est un exemple.

Adhésion à l’Organisation internationale de la Francophonie

L’adhésion à l’OIF ne peut être que le fruit d’une demande émanant d’un État. Chaque demande est ensuite analysée par le Sommet de la Francophonie, sur la base des recommandations de la Conférence ministérielle, qui doit voter l’adhésion à l’unanimité (et à huis clos).

Le français ne doit pas obligatoirement constituer la langue officielle du pays demandeur. Il « suffit » de démontrer la place importante de la langue et son utilisation effective. Les pays doivent en outre partager les valeurs de l’OIF.

Le saviez-vous ?

Le français serait la 5e langue la plus parlée au monde et la 2e langue apprise en tant que langue étrangère après l’anglais. Il est à noter que le français revêt différentes formes selon les pays. Le même français parlé en métropole est par exemple différent du français parlé au Québec.

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Commentaires

Par Claude Laporte le 17/05/17 à 20h12

274 millions de locuteurs du français, ah! ah! quelle blague!

L’OIF arrive à ce chiffre extravagant en inventant , entre autres, 11’943’000 francophones en Allemagne (!) et 10’520’000 francophones au Royaume-Uni (re-!). Faites un voyage à Londres ou à Wiesbaden et vous m’en direz des nouvelles.

Je pense donc qu’il n’y a rien à penser d’une organisation qui truque les chiffres à ce point. Il n’y a pas de questions à se poser sur l’utilité d’une organisation qui ment de manière aussi grossière avec l’argent du contribuable.

Par Michel BELLON le 18/05/17 à 1h51

Bonsoir Claude,

Il me semble que cette fois encore tu sous-évalues beaucoup l’importance du français, qui est pourtant, à ce que je crois, ta langue maternelle.

Quand on lit attentivement le rapport de l’OIF, il est bien clair qu’il n’est affirmé nulle part que le français a 274 millions de locuteurs au sens où nous le sommes toi et moi. Cela ressort d’ailleurs assez bien de l’article ci-dessus, qui reprend les données de l’OIF.
Le nombre indiqué est une estimation de la totalité des personnes qui ont une connaissance suffisante de notre langue pour pouvoir s’en servir, dans différentes situations, mais cela ne signifie aucunement qu’il s’agit de leur langue maternelle, à usage quotidien ou unique.
En fait, la répartition est la suivante : un gros quart pour le français langue maternelle, un peu plus d’une moitié pour le français langue seconde et un petit quart pour le français langue étrangère utilisée occasionnellement.
Cette évaluation est basée sur des critères généralement admis par les spécialistes de la question et identiques pour toutes les langues. Par conséquent, la place attribuée au français dans le classement est cohérente, même s’il faut préciser par souci d’honnêteté que notre langue se voit le plus souvent placée au 6ème rang qu’au 5ème.
Bien entendu, il est toujours possible de contester les critères utilisés. On pourrait par exemple ne retenir que les locuteurs ayant telle ou telle langue comme langue maternelle, ou leur ajouter seulement ceux qui l’ont aussi pour langue seconde, à l’exclusion de ceux qui l’utilisent occasionnellement, ou appliquer enfin des critères géographiques ou politiques (importance locale ou régionale, place dans les institutions internationales…). Il y a quelques années de cela, la revue La Recherche avait d’ailleurs publié plusieurs classements selon lesquels, en fonction du choix des critères, notre langue apparaissait à différentes places entre la 2ème et la 11ème.
Mais ce qui compte en définitive, c’est que toutes les langues soient examinées sous le même angle.

Pour finir, j’ajoute que l’argument de « l’argent du contribuable » me paraît un peu facile, et pour tout dire assez pauvre quand on parle d’enjeux culturels comme ceux dont il s’agit, d’autant qu’on sait très bien qu’un certain nombre de retours sur investissement rendent la dépense bien moins injustifiée qu’elle ne peut paraître après un examen superficiel de la question.

Bonne soirée,
Michel.

Par Claude Laporte le 18/05/17 à 20h08

Cher Michel,

Je ne suis quand même pas si bête. J’ai bien compris que pour arriver à 274 millions de locuteurs, l’OIF compte aussi ceux qui ont appris le français comme langue étrangère.
Je répète donc ce que j’ai écrit: il n’y pas 10 ou 11 millions de gens qui parlent le français, même comme langue étrangère, en Allemagne ou au Royaume-Uni,.
Pour parler d’un pays que je connais bien, personne ne pense que le français soit parlé en Roumanie autrement que comme langue étrangère. En 1985, le chiffre donné était de 214’000 locuteurs du français en Roumanie. Puis ce pays a adhéré à l’OIF, et ce chiffre a connu dans les statistiques de cette organisation une inflation qui l’a mené bientôt à l’étiage des 5’000’000, puis des 6’000’000 (la Roumanie plus francophone que la Belgique ou la Suisse!) avant de curieusement redescendre à 1’897’000 (la précision fait authentique?) dans les dernières publications de cette organisation, peut-être parce que trop de francophones avaient, comme moi, voyagé dans ce pays pour croire aux statistiques précédentes. (Ceci étant, le chiffre réel reste plutôt celui de 1985).
Je précise donc ce que j’ai écrit hier: c’est le chiffre des locuteurs du français langue étrangère qui permet toutes les exagérations, le chiffre des locuteurs de langue maternelle étant à peu près connu et celui des locuteurs de langue 2 difficile à exagérer au-delà d’un certain seuil (encore que: les 33 millions de locuteurs du français en République démocratique du Congo…). Les chiffres de locuteurs du français langue étrangère ont régulièrement été revus à la hausse pour justifier a posteriori l’adhésion de tel ou tel pays à l’organisation.
Organisation dont, soit dit en passant, je ne vois pas trop l’engagement pour la langue française ni l’action culturelle, qui me semblent, depuis plus de vingt ans, être des objectifs totalement secondaires par rapport à une action diplomatique dans lesquelles l’OIF me paraît un doublon peu efficace de l’ONU.
En tout cas, l’OIF n’est pas l’instrument d’un combat pour le français.
Pour être clair, à force d’avoir voyagé dans des pays où on aurait eu peine à trouver les 10 ou 20% de locuteurs du FLE annoncés par les statistiques de l’OIF, je répète que je conteste totalement le chiffre de 274 millions.

Par Michel BELLON le 19/05/17 à 1h50

Bonsoir Claude,

J’ai précisé hier être bien conscient du fait que la réponse à une question en apparence simple (Combien de personnes parlent français dans le monde ?) dépend de la sélection des critères retenus pour y répondre. Cela laisse en effet le champ libre à de possibles « manipulations ».

Le (tout nouveau) Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères avance « modestement » le nombre de 220 millions de francophones dans le monde et place le français au 9ème rang des langues, se démarquant ainsi sensiblement de l’OIF.

Cela dit, je persiste de mon côté à penser que les chiffres avancés par cette institution ne sont pas aussi fantaisistes que tu l’affirmes.

Si je ne me trompe pas, tu vis en Suisse et es germanophone autant que francophone. C’est pourquoi, à titre d’exemple (et sans prétendre te renvoyer à des vérités inattaquables 😉 ), je t’indiquerai deux sites Internet en allemand qui, bien que n’ayant rien à voir avec l’OIF, donnent des informations qui semblent pourtant aller dans son sens.

Le premier site, qui est d’ailleurs suisse, dépasse même largement les estimations de l’OIF, puisqu’il écrit : [Es gibt] zwar nur 79 Millionen Muttersprachler, aber rund 370 Millionen Menschen, die Französisch als Zweit- oder Drittsprache gelernt haben. Comme on le voit, le critère retenu ici est encore différent, puisqu’il s’agit des gens qui « ont appris » le français.
L’adresse de la page d’où j’ai extrait la citation est [sprachkreis-deutsch.ch/2012/05/14/die-meistgesprochenen-sprachen-der-welt/].

Le second site, c’est celui de la Commission Européenne, qui a publié en 2012 une étude dont la version allemandea pour titre « Die europäischen Bürger und ihre Sprachen ». On y lit notamment, page 24, que 12 % de l’ensemble des citoyens de l’Union déclarent connaître suffisamment le français pour pouvoir mener une conversation dans notre langue. Si l’on considère que l’Union compte, dans sa dimension actuelle, un peu plus de 440 millions d’habitants hors la France, cela ferait un total de plus de 52 millions de personnes. Et si l’on regarde le détail par pays, le pourcentage de francophones « auto-proclamés » est de 14 % en Allemagne et 19 % au Royaume-Uni. Compte tenu de la population de ces deux pays, le nombre de personnes s’estimant capables de parler français y serait respectivement de presque 11 500 000 et 12 500 000, chiffres qui se rapprochent beaucoup de ceux de l’OIF, et sont mêmes supérieurs pour le total des deux pays.
De plus, on apprend aussi 10 pages plus loin que, outre ceux qui s’estiment capables de tenir une conversation en français, il y a 7 % d’Européens supplémentaires (pour l’ensemble de l’Union, mais 5 % en Allemagne et 11 % au Royaume-Uni) qui disent avoir une connaissance passive de notre langue suffisante pour leur permettre de suivre les informations à la radio ou à la télévision. On pourrait donc rajouter aux chiffres précédents, en choisissant de voir les choses sous un angle optimiste, environ 31 millions de personnes en Europe, dont 4 en Allemagne et 7 au Royaume-Uni.
Le document, qui contient beaucoup d’autres informations intéressantes sur les langues en Europe, peut être consulté dans son intégralité à l’adresse
[ec.europa.eu/commfrontoffice/publicopinion/archives/ebs/ebs_386_de.pdf].

J’ai moi aussi beaucoup et souvent voyagé pendant une quarantaine d’années, mais je ne me risquerais pas pour autant à affirmer quoi que ce soit dans le domaine dont nous débattons sur la simple foi des impressions que j’ai pu avoir lors d’innombrables contacts avec les personnes les plus diverses parlant les langues les plus diverses, de naissance ou apprises. Je fais plutôt confiance pour cela aux études spécifiques réalisées par les organismes dont c’est le métier.

Bonne soirée,
Michel.

Par Claude Laporte le 19/05/17 à 20h16

Cher Michel,

Je pense que les gros bataillons des locuteurs du français (en dehors de l’ensemble France-Monaco-Belgique-Suisse-Luxembourg et du Canada et des Etats-Unis, pour lesquels les chiffres sont à peu près connus) se situent en Afrique subsaharienne, avec des nuances allant de la Côte d’Ivoire et du Gabon qui sont probablement aussi francophones que le Québec au Rwanda qui ne l’est plus guère.
Il me semble que, pour des raisons politiques ou une volonté de se poser en concurrent de l’anglais, on surévalue le nombre des locuteurs dans des pays européens où le français est en déclin depuis longtemps.
Or, nous avons quand même un moyen assez fiable de déterminer le nombre maximum des locuteurs du français langue étrangère: c’est le total de ceux qui ont présenté le français comme langue étrangère à leur diplôme de fin d’études secondaires dans le pays en question et qui sont encore en vie.
En 2015, moins de 11’000 (sur 300’000) élèves en Grande-Bretagne ont passé une épreuve de français au A-Level. Il ne faut pas croire que tous ceux qui connaissaient la langue le jour de l’examen en conserveront l’usage: autrement, la France aurait 80% d’anglophones…. Cela nous donne une proportion maximum de 4% de francophones en Grande-Bretagne; certainement moins en tenant compte de la déperdition après la fin des études secondaires. Alors comment arriver à des proportions de 15% et plus comme dans les statistiques de l’OIF?
Je pense quand même que l’on peut se poser des questions quand on en arrive à des estimations du nombre de locuteurs du français langue étrangère dans un pays supérieur à celui de l’ensemble de ceux qui ont étudié la langue dans le pays en question.
On peut aussi se poser de sérieuses questions quand on compare le dénombrement de l’OIF de 2014 avec les estimations du Haut-Conseil de la Francophonie en 1985: comment passer, en Pologne, de 50’000 francophones à 1 million, donc une multiplication par vingt, quand on sait que le nombre d’élèves qui apprennent la langue a diminué tout au long de la période? Pour la Roumanie, le chiffre de l’OIF de 2014 est 9 fois supérieur à l’estimation de 1985, alors que le même pays a perdu plus de 10% de sa population dans le même temps. Pour les îles Britanniques, les estimations de 2014 sont pratiquement 200 fois supérieures à celles de 1985. Il y a donc quelque chose qui cloche.
Ce qui me frappe, c’est que ces estimations sont beaucoup plus discutables pour le français langue étrangère que pour le français langue seconde (où les statistiques de l’OIF me semblent surtout prêter le flanc à la critique pour Madagascar et la RDC) et qu’elles sont beaucoup plus discutables pour l’Europe que pour tout autre continent. Qui plus est, autant les statistiques de 1985 étaient raisonnables, autant l’inflation a commencé à partir de 1993 et au fur et à mesure que de nouveaux Etats adhéraient à l’Union européenne. Je vois deux explications à ce biais d’optimisme: a) il est toujours plus facile de cacher le problème que de l’affronter, or le déclin du français langue étrangère est un vrai problème en Europe; b) des motifs politiques liés à la politique extérieure de la France , comme par exemple de faire croire que les efforts de la France envers l’Allemagne se traduiraient par des efforts similaires de l’Allemagne envers la France. Or, je pense malgré tout que les impressions personnelles peuvent entrer en compte, puisque je crois comme Descartes que le bon sens est la chose du monde la mieux partagée, et j’ai toujours été frappé de voir à quel point il était plus facile de se faire entendre en allemand en France (et pas seulement en Alsace-Moselle: je l’ai vu même dans la Drôme!) qu’en français en Allemagne.
En tant que Suisse, locuteur des deux langues comme beaucoup de monde dans notre pays, je suis peut-être plus frappé par ce phénomène que les Français, mais j’ai l’impression que l’effort de réciprocité qui existe entre les deux rives de la Sarine n’existe pas entre les deux rives du Rhin.

Par Claude Laporte le 19/05/17 à 23h08

Je me rends compte que ma réponse n’est pas complète. Je me doute bien que l’OIF s’est basée sur les sondages de la Commission européenne. Voilà pour le soupçon de biais politique.
Il me semble que l’organisme qui a fait les sondages est le même qui avait validé les comptes publics de la Grèce. Voilà pour la rigueur scientifique.
Que vaut un sondage qui aboutit à 19% de francophones auto-proclamés dans un pays où 2% de la population ont étudié le français à l’école?
Il y a des pays qui posent clairement au recensement la question des langues connues, y compris langues étrangères. Par exemple, la Russie: le dernier recensement y a trouvé 0,4% de francophones, ce qui est sans doute exagéré (les gens vont toujours exagérer leurs connaissances quand ils répondent à cette question), mais qui reste crédible compte tenu du fait que cette langue était étudiée par 5% de la population scolaire à l’époque soviétique (et beaucoup moins aujourd’hui). Un recensement, même avec un biais d’auto-déclaration, est tout de même plus sérieux que les sondages tels que ceux auxquels se réfère la Commission de Bruxelles, suivie par l’OIF.
En l’absence de recensement, la seule chose que l’on peut faire (puisque le simple bon sens qui est la constatation faite par tout le monde que l’on ne peut pas se faire comprendre en français en Allemagne ou en Grande-Bretagne n’est semble-t-il pas un critère valide), c’est fixer un plafond: il ne peut pas y avoir plus de Britanniques qui déclarent parler ou comprendre le français que de Britanniques qui ont étudié le français!
J’ai beaucoup utilisé l’exemple de la Roumanie, parce que c’est un pays à propos duquel le nombre de francophones a varié plus que partout ailleurs en Europe dans les différentes estimations de l’OIF. Il y a quelque chose de choquant là-dedans: en ramenant son estimation des francophones en Roumanie de 6 millions à moins de 2 millions (chiffre qui reste exagéré) et trouvant tout à coup plus de 10 millions de francophones en Allemagne, l’OIF arrive à un résultat absurde… la Roumanie n’a certes pas les cohortes de francophones qu’on prétendait y trouver dans les années 1990, mais elle ne reste pas moins un pays où l’on trouve encore assez facilement des gens qui comprennent le français – ce qui n’est certes pas le cas de l’Allemagne.
Bien que cela choque le cartésien en moi, je veux bien accepter que mon expérience personnelle ne soit pas un argument valide, mais quand tout le monde fait la même constatation ?
Je pense donc que les statistiques de l’OIF, telles que révisées en 2014, aboutissent à la fois (i) à une exagération totale du nombre de francophones dans le monde ; (ii) à une surévaluation du nombre de locuteurs du français langue étrangère aux dépens du nombre de locuteurs du français langue seconde (et l’on comprend qu’il y a derrière une idée politique ou plutôt politiquement correcte de minimiser le legs colonial dans la diffusion de la langue pour valoriser le multilinguisme de l’UE ou l’efficacité de l’action culturelle française à l’étranger); (iii) des comparaisons de pays à pays qui vont à l’encontre du bons sens (le Royaume-Uni ou l’Allemagne comptant plus de francophones que le Canada, la Belgique, la Suisse, la Roumanie, l’Italie, ou le Portugal…).
Je dois quand même dire que mon scepticisme est largement partagé dans des documents officiels: en 2014, le rapport Attali sur la langue française (publié par la Documentation française) indiquait ce qui suit (page 6): « Si le nombre de francophones est estimé aujourd’hui par l’OIF à 230 millions, ce total comprend à la fois les francophones au sens strict, c’est-à-dire ceux qui sont capables de faire
face en français à toutes les situations de communication courante, et les « francophones partiels », qui n’ont qu’une connaissance réduite du français. Les francophones réels ne
sont que 130 millions aujourd’hui.  »

Compte tenu de la faible efficacité réelle de l’enseignement du français comme langue étrangère (sauf dans les pays de langue latine que sont le Portugal, l’Espagne, la Roumanie et l’Italie), de la chute verticale du français langue étrangère en Grèce qui fournissait naguère de gros bataillons, du fait que les 20 millions de locuteurs au Royaume-Uni et en Allemagne n’existent que pour la Commission de Bruxelles et l’OIF, je pense que le rapport Attali est très proche de la vérité. En effet, es locuteurs du français langue étrangère sont des minorités infimes sauf dans les quatre pays latins que j’ai cités et dans trois pays où le français est langue co-officielle (Belgique, Canada et Suisse). Le français a perdu son caractère de langue véhiculaire depuis un certain nombre de décennies. En revanche, le nombre de locuteurs du français deuxième langue a cru dans des proportions considérables. Il y a donc en Afrique subsaharienne un espace francophone qui n’existait pas en 1914, tandis qu’il faut renoncer à l’idée de se faire comprendre en français à Berlin, Londres ou Moscou où c’était précisément possible en 1914. En termes de prospective, je ne pense pas que la langue ait perdu au change et je n’éprouve donc pas le besoin de gonfler les effectifs du FLE en Europe, trouvant assez de réconfort dans la situation du FL2 en Afrique.Il faut donc surtout arriver à dénombrer les locuteurs du FL2 pour arriver à une approximation du chiffre total des francophones.
Je pense donc que, dans les 130 millions avancés par le rapport Attali, le nombre de locuteurs du français LE doit être faible (sauf dans les sept pays précités) et que les incertitudes viennent de l’estimation du nombre de locuteurs du français L2. L’essentiel de cette incertitude repose sur Madagascar (où le nombre de francophones varie de 100’000 à 5 millions selon les estimations!) et sur la République démocratique du Congo (de 2,5 millions à 33 millions selon les estimations).
Je pense donc sur la base de ces chiffres:
– que le nombre réel de locuteurs du français dans le monde se situe quelque part entre 110 et 160 millions;
-que les locuteurs du FLE en Europe se situent très loin des 52 millions annoncés par la Commission de Bruxelles (pourquoi y aurait-il 0,4% de francophones en Russie, où l’on a procédé à des recensements, et 2,5% en Pologne où l’on n’a pas de recensement ?):
– que, par conséquent , l’incertitude des chiffres découle pour l’essentiel de la RDC, suivie par le Maghreb et Madagascar;
– que ce n’est pas seulement moi chétif, mais un rapport officiel rendu au président de la République française, qui fait preuve de réserve à l’égard des 220 ou 274 millions de locuteurs des estimations de l’OIF.
Enfin, à propos de l’utilisation que l’on fait de l’argent du contribuable, je reste convaincu que, si le but était la défense et la diffusion de la langue française plutôt que son utilisation dans le cadre d’une politique extérieure, on accepterait que tout centime d’euro investi dans une école primaire au Tchad a plus d’utilité que mille euros investis à l’institut français de Mayence (je sais, je ne peux pas m’empêcher de faire référence à des constations personnelles!).
Et qu’il n’y a pas besoin d’un énième sommet de l’OIF consacré à l’avènement du multipartisme en Afrique pour construire des écoles.
Mais ceci est une autre histoire.

Par Michel BELLON le 20/05/17 à 1h45

Bonsoir Claude,

Tout tourne autour de l’extension donnée au sens du mot « locuteur ». C’est pourquoi nous parlons de choses différentes, comme nous l’avons déjà constaté, et nous pourrions continuer indéfiniment à nous opposer arguments et contre-arguments 😛 . Encore quelques exemples :

Le British Council indiquait dans un article il y a moins d’un an [learnenglishteens.britishcouncil.org/uk-now/read-uk/languages] que « 38 % des Britanniques parlent au moins une langue étrangère », en précisant que les cinq langues les plus pratiquées sont le français, l’espagnol, le chinois, l’allemand et le russe, mais sans donner le pourcentage pour chacune. Toutefois, la plupart des sources s’accordent à dire que le français, première langue étrangère au Royaume-Uni ainsi d’ailleurs qu’en Irlande, est connu par un bon tiers des sujets bilingues de Sa Gracieuse Majesté, soit à peu près 12,5 % de l’ensemble des Britanniques. Le nombre des francophones outre-Manche s’établirait donc à un peu plus de 8 millions. C’est bien moins que ce que dit l’OIF (10 millions et demi), mais si l’on accuse cet organisme de gonfler le chiffre , ne peut-on pas au moins soupçonner le British Council de le sous-évaluer ?…

Pour rester au Royaume-Uni, et dans le domaine scolaire cette fois, le Daily Telegraph publiait tout récemment un article [telegraph.co.uk/education/educationnews/8722447/GCSE-French-and-German-suffer-most-as-numbers-studying-languages-falls-to-record-low.html] dans lequel, tout en déplorant la chute importante du nombre d’élèves apprenant des langues étrangères en raison de la politique menée par les gouvernements successifs depuis une douzaine d’années, il indiquait que le nombre d’élèves ayant passé l’épreuve de français au CGSE (généralement vers l’âge de 16 ans, soit deux ans avant le A-level) était d’un peu plus de 154000, contre 66000 pour l’espagnol et presque 61000 pour l’allemand.

Eurostat a publié le pourcentage des élèves étudiant l’anglais, le français et l’allemand dans les pays de l’Union [ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php/File:Foreign_languages_learnt_per_pupil_in_upper_secondary_education_(general),_2009_and_2014_(%C2%B9)_(%25)_YB16-II.png] et l’on voit qu’ils sont 85,2 % en Roumanie, pays qui a aussi été mentionné, 28,3 % au Royaume-Uni et 23,8 % en Allemagne.

Et pour finir en Allemagne, un clin d’œil avec cet article publié dans Die Welt il y a un peu moins de deux ans, qui promet un bel avenir à la langue française : [welt.de/politik/ausland/article145742860/Adieu-Englisch-Franzoesisch-wird-neue-Weltsprache.html].

Ces éléments, et ceux apportés par tes messages, expliquent pourquoi il y a une telle disparité dans les données que nous examinons.

Bonne fin de soirée,
Michel.

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