Les Français ont un « mauvais » niveau
en langues : les causes de ces lacunes

Publié le 25/01/2016 par Assimil
8 commentaires

francais monolingue
« Les Français sont mauvais en langues ». Cette rengaine que l’on entend à la publication de chaque classement international évaluant les compétences en langue des pays du monde a de quoi démoraliser. Quelles sont les différentes raisons pouvant expliquer les difficultés des Français à apprendre des langues étrangères ?
Quelles sont les répercussions de cette situation ?

Les langues étrangères en France : chiffres et apprentissage

Le système d’éducation français prévoit l’apprentissage d’une première langue étrangère dès la maternelle, souvent l’anglais, et jusqu’à la fin du lycée au minimum. Une seconde langue vivante est généralement ajoutée en cours de scolarité, en 4e. Malgré ces dispositifs, les Français apparaissent toujours comme mauvais en langues étrangères et figurent souvent en queue de peloton dans les classements internationaux. Education First classait la France 37e sur 70 pays et 24e à l’échelle européenne, (soit la dernière de la classe) pour ses compétences en anglais. Elle fait partie des rares pays à stagner dans ses progrès en anglais.

Dire que les Français ne sont pas doués pour l’apprentissage des langues est pourtant un raccourci trop simple. On note une véritable différence avec la jeune génération ; elle possède un bien meilleur niveau que ses aînés et est plus ouverte à l’international.

Des raisons variées et pas toujours fondées

Plusieurs raisons pourraient expliquer les difficultés des Français face à l’apprentissage des langues étrangères.

« Cachez cette langue régionale que je ne saurais voir »

La France a par le passé réprimé l’usage des langues régionales en vue d’imposer le français comme langue nationale sur l’ensemble du territoire. Une prise de position qui n’a pas forcément favorisé l’ouverture vers l’extérieur et vers d’autres langues par la suite.

Un tournant notable s’est opéré durant la période de la Révolution. On se souviendra par exemple du texte de l’abbé Grégoire présenté à la Convention nationale le 4 juin 1794 et qui avait pour titre « Rapport sur la nécessité et les moyens d’anéantir les patois et d’universaliser l’usage de la langue française » (intitulé qui a depuis été remplacé par un autre, moins subversif « Notre langue et nos cœurs doivent être à l’unisson »). Le français était présenté comme l’unique moyen d’intégration à la nation française, mais aussi de sortir de l’obscurantisme.

L’obligation d’utiliser le français à l’école a aussi conduit à l’émergence de certaines humiliations. Au début du XXe siècle, les élèves surpris à parler le breton par exemple étaient punis. Ils devaient porter un sabot de bois autour du cou, qu’ils gardaient jusqu’à ce qu’ils puissent le transmettre à l’un de leurs camarades commettant la même erreur. Autre exemple, en Alsace, quiconque utilisait l’alsacien au sortir de la guerre était stigmatisé car cette langue régionale était associée à l’ennemi. Les Alsaciens étaient fortement encouragés à parler français à grand renfort de slogans comme “C’est chic de parler français”.

Par la suite, même si les langues régionales ont de nouveau eu droit de cité, le monolinguisme est resté la norme.

Le protectionnisme envers la langue française

Une autre raison pouvant expliquer que les Français sont mauvais en langues étrangères pourrait tenir à leur protectionnisme envers la langue française. On peut citer la loi Toubon qui limite la présence de l’anglais en entreprise et encadre, entre autres, la proportion de titres musicaux français devant être diffusés à la radio.

Le doublage presque systématique des films et programmes télévisuels étrangers est un autre exemple intéressant. Dans les pays scandinaves, que l’on cite souvent en exemple, une majorité de films est diffusée en version originale sous-titrée ce qui favorise l’immersion et l’apprentissage des langues étrangères.

Si les box TV offrent de plus en plus la possibilité de visionner les programmes en VO, force est de constater que ce geste n’est pas encore entré dans les mœurs, sauf chez les jeunes générations qui plébiscitent massivement la VO. Tout le monde n’a pas non plus le réflexe de se tourner vers internet et ses nombreux contenus disponibles.

La peur de faire des erreurs, un mal français

L’apprentissage des langues étrangères serait plus efficace si les Français arrivaient à se départir de leur peur de l’erreur (lathophobie), fortement ancrée culturellement. À l’école, nombreux sont ceux qui préfèrent se taire plutôt que de prendre le risque de faire une faute à l’oral comme mal prononcer un mot. Pourtant, les erreurs font partie intégrante de l’apprentissage des langues étrangères et permettent de progresser.

Selon Nicolas Tournadre, linguiste et polyglotte, « Les Français doutent parfois de leur capacité à apprendre des langues étrangères. L’existence de grands polyglottes de langue maternelle française montrent que ce cliché est totalement infondé […] 

Or rien dans la grammaire, relativement complexe, du français ni dans sa phonologie ne constitue un handicap à l’apprentissage d’autres langues. La lathophobie et la peur de ne pouvoir prononcer certaines séquences phonotactiques (comme par exemple des noms slaves ou germaniques) est essentiellement due à la prédominance de l’écrit dans l’apprentissage.  Le français dispose pourtant de nombreuses séquences complexes qui impliquent trois voire quatre consonnes de suite du type /str/, /rtr/, /rbr, /kstr/, /kskr/, /kskl/ comme dans les mots : structure, arthrose, arbre, extraordinaire, excroissance, exclamation, etc. A l’oral, ces séquences sont en fait encore plus variées, car les articles et les démonstratifs s’ils sont suivis de ‘e’ muets sont susceptibles de se coller au substantif. Ainsi des séquences comme /lskr/, /tspl/ ex. »l(e) script », cett(e) splendeur. ».

Le statut impérial et prestigieux de la langue française

Le français fait partie des rares langues à être parlées sur les 5 continents et occupe la 5e place du classement des langues les plus parlées au monde. Avec plus de 274 millions de francophones à travers le monde, elle constitue une véritable langue de prestige. Outre le chiffre grandissant des locuteurs français, ce prestige tient à plusieurs choses :

  • Le français a un poids politique ; il est l’une des 6 langues officielles de l’ONU et de l’Unesco ;
  • Le français s’épanouit en dehors de son berceau d’origine ; 32 États l’ont choisi comme langue officielle ;
  • Une tradition littéraire et de nombreux d’ouvrages sont publiés en français.

Le prestige de la langue, associé au fait que le français a longtemps été l’une des langues de référence dans l’Histoire, participe au fait que les Français ont peut-être plus de difficultés à partir à la découverte d’autres langues. Et de fait, les Espagnols et les Britanniques connaissent des difficultés similaires alors que l’anglais et l’espagnol sont également des langues prestigieuses.

Une obsession des parents d’élèves

Si les Français ont un mauvais niveau en langues, ce serait aussi la faute de leurs parents. Nombreux sont ceux qui poussent, notamment à grands renforts de devoirs, leurs enfants à apprendre l’anglais car ils ont parfaitement saisi l’importance de cette langue en matière de perspectives d’emplois et d’opportunités. Des études ont cependant montré que si l’anglais est indispensable, il offre un accès très restreint à l’information dans une perspective mondiale (les contenus du web en anglais ne représentent plus que 26 % selon le relevé de l’Internet World Stats). En d’autres termes, ne parler ou ne connaître que l’anglais aujourd’hui, c’est être sous-informé. Et pour se différencier sur le marché de l’emploi, il sera primordial à l’avenir de maîtriser a minima une autre langue vivante.

Le monolinguisme, un problème aux répercussions économique

Le monolinguisme pose véritablement problème en termes de compétitivité. Si la maîtrise de l’anglais est en bonne voie, les entreprises sont de plus en plus à la recherche de candidats maîtrisant d’autres langues vivantes. Pour l’heure, elles peinent à trouver ces profils multilingues sur le marché, ce qui constitue un frein à leur développement.

La France n’est pas la seule à être dans ce cas, la Grande-Bretagne fait elle aussi partie des nations ayant des difficultés à composer avec cette problématique linguistique.

Tout espoir n’est cependant pas perdu. De nombreuses pistes sont à explorer pour améliorer le niveau en langues des Français.

Commentaires

Par Michel BELLON le 26/01/16 à 13h43

Bonjour,

Je ne suis pas d’accord avec une partie du contenu de cet article.

Dire que « les Français sont mauvais en langues étrangères » est un lieu commun (parfois un « marronnier » aussi) qui ne résiste que rarement à un examen plus poussé de la situation. Les études sur le sujet sont diverses, et leurs résultats souvent contradictoires. Ainsi, il est probable que si l’on considère les seuls 28 pays de l’Union Européenne, nous soyons encore assez loin du bas du tableau, contrairement à ce qui est dit quelque part dans cet article.

Mais surtout, il faut souligner que les Français sont toujours classés AVANT les Anglais et les Espagnols dans ces études. Je ne mentionnerai aussi qu’en passant, si l’on regarde au-delà de l’UE, les Américains (États-Uniens), qui sont généralement très faibles dans le domaine des langues. Mes amis des États-Unis, qui sont tous atypiques de ce point de vue, déplorent les carences du système éducatif de leur pays pour ce qui est de l’enseignement des langues étrangères. Et la France est l’un des pays dans lesquels l’offre de langues dans l’enseignement public est la plus importante (là où la plupart de nos voisins ne proposent que français ou anglais, espagnol et allemand), même s’il est vrai que les parents dirigent leurs enfants en très grande majorité vers l’anglais, et une ou deux autres langues (allemand, espagnol…).

Comme le dit l’auteur, le prestige des langues que nous parlons joue certainement un rôle, mais il me semble assez évident que, parmi les peuples qui parlent une langue d’importance mondiale, nous ne sommes pas les derniers à chercher à étudier les langues étrangères. L’intérêt que suscitent Assimil et d’autres éditeurs spécialisés dans ce domaine est d’ailleurs là pour le prouver.

Bon après-midi,
Michel.

Par Julien le 09/04/16 à 17h04

Pas vraiment d’accord avec la plupart des raisons évoquées ici, la plupart font partie du politiquement correct et dans le but de nous dédouaner d’une vérité qui est autre :

le système d’enseignement & le manque d’immersion.

Combien de nos enseignants n’ont quasiment pas voyagé et ont appris d’une manière hyper scolaire les langues, combien de fois j’ai eu des profs qui avaient un accent lamentable, aucun lexique actuel (souvent des mots hyper scolaires et pas usités dans la vie courante quand on voyage et qu’on communique avec les autres) et qui au final ne faisaient que véhiculer un apprentissage qui suit un programme dicté de plus haut par des gens qui n’ont jamais appris d’autres langues ?

Pourquoi on est les derniers ?
Parce que justement les enseignants sont plus formés à la culture qu’à la langue en elle-même, parce qu’à l’école on focalise sur l’écrit et pas l’oral alors que dans le monde actuel, l’enjeu de savoir parler d’autres langues est justement de pouvoir communiquer à l’oral et pas juste à l’écrit, et quand on voit dans les programmes scolaires et dans la manière d’enseigner l’importance de l’oral vis-à-vis de l’écrit ça en dit long.

La plupart des autres pays d’Europe ont compris ça il y a longtemps et c’est pour ça qu’ils sont bien meilleurs que nous.

Autre facteur que je mentionnais, l’immersion, mais effectivement c’est évoqué dans l’article.
Si toutes les séries, films, etc… d’origine étrangère étaient comme dans bien des pays pas doublés mais sous-titrés, et bien on se retrouverait comme dans la plupart de ces pays à comprendre et parler naturellement.

Mais se cacher derrière un « prestige de la langue française » blablabla c’est encore du narcissisme qui nous est bien propre et qui est une excuse pour ne pas revoir notre système d’enseignement (je parle en général, car bien sûr j’ai aussi eu de très bons profs, mais souvent ceux qui contournaient ce système d’enseignement et qui ne suivaient pas le programme…) et de transmission des langues étrangères notamment via les medias (tv, internet, etc…).

Par ARNAUD Monique le 17/04/16 à 20h44

Moi non plus je ne suis pas d’accord avec le 1er commentaire :
Il manque un élément intéressant ! les Français sont très bons dans les langues romanes et moins bons dans la langue anglaise pour une raison de « fréquences  » des langues. La langue française se tient dans des fréquence très basses et la langue anglaise très hautes ! Impossible de prononcer un son que vous n’avez pas l’habitude d’entendre ! Et qui parlera un jour du MONOLINGUISME des anglophones ? L’anglais n’a aucune valeur de langue universelle- l’Espéranto a été crée pour ce rôle ! J’étais prof d’anglais, un échange de 3 semaines était en place pour permettre à une classe de nos élèves d’accueillir les Anglais puis à notre tour nous étions accueillis en Angleterre, Qui faisaient des efforts pour apprendre la langue de l’autre ?
Je vous laisse deviner … I Je suis devenue prof d’Espéranto : une merveille : langue phonétique et qui met tout le monde à égalité !!! à découvrir. Présente dans les 5 continents !

Par Michel BELLON le 20/04/16 à 18h34

Bonjour,

Julien, il me semble que tu n’es pas entièrement convaincu par l’article, comme moi, mais pour des raisons différentes. Tu mets principalement en cause le système éducatif et son approche de l’enseignement des langues, et tu as sans doute raison sur un certain nombre de points.
Toutefois, pour ce qui est de la formation des professeurs, je sais par expérience directe que les choses ont changé au cours des dernières décennies. Et puis les professeurs de langues d’aujourd’hui sont quand même en majorité des gens qui voyagent et ont un contact direct avec la langue qu’ils enseignent, parfois quotidiennement.
Les technologies actuelles ont apporté beaucoup de progrès dans ce domaine, et cela à l’ensemble de la population.

Les possibilités de pratiquer les langues étrangères, quels que soient le pays dans lequel on vit et la langue que l’on utilise au quotidien, sont toujours plus ou moins les mêmes, principalement celles-ci :
1 – Parler avec des étrangers.
À l’époque où j’étais collégien, lycéen, puis étudiant (à partir du milieu des années 60) on n’en rencontrait que peu, sauf peut-être dans certaines régions où Espagnols, Italiens, Portugais, Polonais et autres s’étaient installés au gré d’événements divers. Vivant au sud de la France, j’ai ainsi eu la chance d’entendre très tôt les sonorités du castillan, du catalan, de l’italien et du portugais, mais cette situation était alors plutôt exceptionnelle, tandis qu’aujourd’hui nous pouvons côtoyer beaucoup plus d’expatriés, parlant des langues beaucoup plus variées qu’il y a 40 ou 50 ans.
Et surtout, il y a Internet, ce « miracle » pour ceux qui sont curieux des autres langues et cultures ! Grâce à Skype par exemple, on peut converser avec des gens de tous pays et dans toutes les langues, comme s’ils étaient dans notre salon, et apprendre énormément en échangeant questions et réponses sur tout ce qui concerne le vocabulaire, les expressions, la grammaire, pour ne se limiter qu’à l’aspect strictement linguistique de ce formidable outil.
2 – Voyager.
Pour un tas de raisons qu’il est inutile de rappeler, bien peu de monde avait la possibilité de le faire jusqu’aux années 70, alors qu’aujourd’hui il est très facile et dans l’ensemble moins cher de se déplacer. Le développement impressionnant du tourisme est là pour le prouver.
Quant aux voyages scolaires, qui ne sont pas si rares que ça de nos jours, ils étaient quasi-inexistants dans ma jeunesse.
Et n’oublions pas ce qui est un peu l’inverse du voyage, à savoir l’accueil des visiteurs étrangers, qui est aussi une façon très intéressante de pratiquer les langues, et une activité humainement très gratifiante. Au passage, je suggère à ceux qu’elle attirerait le réseau des « greeters », dont j’ai le plaisir de faire partie (aucune publicité ou promotion abusive de ma part, puisque tout y est basé sur un strict bénévolat). Il suffit de taper dans un moteur de recherche le mot « greeter », éventuellement suivi du nom d’un pays ou d’une ville pour pouvoir consulter les sites qui mènent aux nombreuses antennes de cette initiative planétaire.
3 – De façon plus passive, mais toujours très enrichissante, écouter la radio, regarder la télévision, aller au cinéma, lire.
Encore une fois, il me semble inutile de souligner combien il était difficile par le passé de se procurer ne serait-ce qu’un journal étranger, pour ne rien dire des livres. Les radios n’était pas facilement audibles (ceux qui ont passé des nuits à écouter des stations sur ondes courtes sauront ce que je veux dire), la télévision était une « terra incognita » absolue au-delà des 2 ou 3 chaînes nationales, et tous les films étrangers étaient doublés, sur petit comme sur grand écran.
Aujourd’hui, Internet a là encore tout révolutionné : on commande à des librairies en ligne tout ce qu’on veut dans les langues que l’on veut, on a accès aux éditions numériques de centaines d’organes de presse dans à peu près toutes les langues écrites, on peut écouter ou regarder en ligne jusqu’à des stations de radio et télévision locales, qui ne diffusent « en réel » que sur un territoire limité. Ajoutons à cela que, quoi qu’on en dise, les originaux sous-titrés ne sont pas aussi rares qu’avant, aussi bien à la télévision (ARTE soit encore une fois saluée !) qu’au cinéma.

Ces possibilités qui nous sont offertes, beaucoup les mettent à profit, et notamment les enseignants, dans leur grande majorité.
Bien entendu, je ne prétends pas qu’à l’inverse de ce qui est dit dans l’article nous soyons, nous les francophones de naissance, puisque c’est de nous qu’il s’agit, très bons en langues étrangères. Mais il me semble simplement qu’affirmer que nous sommes très mauvais, voire « les plus mauvais » est très exagéré, et est surtout démenti par la réalité. Nous ne constituons pas un cas à part, et le problème évoqué est plutôt celui des peuples qui parlent une langue de diffusion mondiale, dans leur ensemble. Il est donc assez injuste de comparer par exemple un Français avec un Finlandais, un Américain avec un Islandais ou un Colombien avec un Slovène, parce que les franco-, anglo- et hispanophones ont un accès direct à beaucoup plus de choses que ceux qui parlent une langue utilisée par un nombre limité de personnes, sur un territoire réduit. Last but not least, 😀 il faut aussi distinguer l’âge des locuteurs, qui sont d’autant plus à l’aise en langues qu’ils sont jeunes. Au total, si l’on compare ce qui est comparable, le tableau qui se dessine a des contours assez différents.

C’est pourquoi il me semble simplement que cette question des « Français mauvais en langues » est l’une de ces idées reçues qui ne sont pas aussi vraies qu’on le croit généralement, et qui à tout le moins méritent d’être soumises à un examen un peu plus approfondi.
Cela dit, je suis évidemment d’accord qu’il faut de toute façon souligner les faiblesses existantes et toujours chercher des voies d’amélioration.

Pour ce qui est de ton commentaire, Monique, je pense que le fait d’être « bon » ou « mauvais » dans une langue étrangère va bien au-delà de la question des formants (terme préférable à celui de « fréquences », qui est bien ambigu si on ne précise pas « fréquences SONORES »). En effet, elle ne concerne que l’aspect phonétique d’une langue (et bien entendu peut donc avoir des répercussions sur l’acquisition de son système phonologique), mais les difficultés qu’on peut avoir à apprendre, et les lacunes éventuelles de la pédagogie sont beaucoup plus globales. Par ailleurs, même si on se limite à la phonétique, il existe au moins autant de différences entre le français et l’anglais qu’entre, par exemple, ce dernier et l’estonien ou le finnois, qui en outre, n’étant pas des langues indo-européennes, ont une structure assez différente et nécessitent beaucoup plus d’efforts de mémorisation pour l’acquisition du vocabulaire, entre autres choses. Cela n’empêche pourtant pas les Estoniens et les Finlandais de s’exprimer généralement avec aisance en anglais.
De plus, il n’est pas « impossible » de prononcer quelque son que ce soit, avec l’entraînement et l’application requises. Je suis sûr que nous pourrions tous citer des exemples de personnes qui, quelle que soit leur langue maternelle, atteignent un niveau de prononciation proche de la perfection dans une autre langue, ou plusieurs.
D’autre part, quand bien même la prononciation des sons isolés ou en chaîne est imparfaite, il est assez rare qu’elle bloque la compréhension de façon insurmontable. Il arrive au contraire que, pour des raisons psychologiques, elle la facilite en incitant par exemple l’auditeur à redoubler d’efforts pour comprendre ce qui lui est dit, notamment quand il trouve du « charme » à l’accent de son interlocuteur ou qu’il apprécie particulièrement qu’il cherche à s’exprimer dans sa langue.

Je remarque aussi que ce que tu dis du monolinguisme assez répandu des anglophones va tout à fait dans le sens de mon commentaire.

Enfin, pour ce qui est de l’espéranto, bien que moi-même espérantophone et très intéressé par le mouvement espérantiste, je constate – en le déplorant – que sa diffusion se heurte aux mêmes difficultés que jadis et qu’il n’est actuellement, au mieux, qu’une langue parmi d’autres. Cela, à l’évidence, ne doit pas faire baisser les bras ni abandonner l’espoir d’un avenir plus brillant.

Bonne fin de journée à tous,
Michel.

Par iAnonGuy le 26/05/16 à 9h16

(From the United States, please forgive me for not using French)

I grew up in Louisiana and my grandparents spoke fluently a dialect of French. Unfortunately, I wasn’t really immersed in it when I was younger, but I did take two years of French in high school.

Oddly, over a decade later, I think I’ve retained 90% of the grammar I learned back then and almost all of the basics. What deteriorated were verbs and vocabulary. I can read French and put together almost everything except verbs and vocabulary that I am not familiar with, including various (but no all, obvious) tenses.

That being said, I decided to start learning more French because I apparently retained a lot more than I had expected, and anything else looks alien to me. Biggest issue is pronunciation and of course building vocabulary (and verbs, and conjugation/tenses).

I’m looking into buying the Assimil course…

As an aside (and not to be rude): Why does a Language Course Publisher not have a localized website? It goes straight to the ‘fr’ subdomain here, and has no toggle to switch to English…

Anyways, I’ve been trying to find French citizens who would be interested in a sort of Skype-style reciprocal helping of each other (English (US) for them, French for me). This has been extremely difficult and I’m not sure why, since I had people offering to help me with all manners of other languages in response to posts offering English help for French.

I see lots of posts from French citizens asking for this kind of help, yet none reply. I know the French I wrote to them isn’t indecipherable, since I run it through a translator to at least make sure it’s not completely butchered (but keep non-threatening errors in to give a more accurate depiction of my abilities as a « student »). It just seems really hard.

I could probably have gained a ton in fluency at this point if I had switched from French to Spanish or German, but I guess I’m too unwilling to throw what I do know away and start from scratch.

I see Italian is grammatically quite similar to French, and shares a lot of root words and vocabulary similarities. Maybe it’s time to make that move.

I think French people should be more assertive. If you have the will, many of us out there have the means to help you guys. And some of us could use your help as well!

Par iAnonGuy le 26/05/16 à 9h50

Well, the irony is thick here… A French Language Method publisher without an English-localized website (that I could find, personally) blogging about the monolingualism of the French…

To clear up a few things. The reason why Monolingualism in countries like the USA is prevalent, is because the country is huge and even well-traveled people can never leave the country. There is virtually no need for most people to learn a second language. Even if someone spends 8 years as a child taking French, they will likely lose most of it within the decade following it due to disuse.

Spanish is prevalent in some areas of the country, as are other languages in other pockets, but unless you live near one of those, and interact with that population often, it is very difficult to keep it.

Learning English for a French person is a lot easier than learning French for an American, because of the fact that so many people speak English as a second language. In addition to that, most Francophone countries are not in close proximity to the US, while countries with other languages border France, making it much easier to travel there to get an immersive experience. We have Quebec and some parts of Canada (though I’d had to go through during the Winter), and Mexico to our south (and no offense, but that doesn’t feel like a « safe » place for me to go – personally). That’s about it.

France borders Spain, German, and Italy. Then, there’s Switzerland, Belgium, Luxemburg… Great Britain is not far off, nor is the Netherlands or Austria. There are Arab countries right acros the Mediterranean Sea.

The situation for France is interesting because it borders so many different countries speaking different languages.

In the US, the majority of the population hasn’t even traveled to Canada or Mexico. They simply stay in the Country. Everyone speaks English. Immigrants come here and within a year most of them are speaking pretty good English.

There is neither the:

Pressure: Lack of Need to Travel out of the country; Lack of Need to Learn a Foreign Language because so much of the World Speaks or is expected (rightfully ro wrongly) to learn English for various reasons

nor the Opportunity:

We don’t border 6+ countries that speak 5+ different languages… Travel to those countries isn’t nearly as economical, efficient, nor enjoyable (Jet Lag, Airline Flights, etc.) as from France.

It’s a lot easier for a French person to Learn English or any number of Languages than for an American to learn French.

However, I have been to France and Spain. And my experience has taught me that they live up to their « reputation. » Trying to speak any French to the people there, and they looked at us the way a Chihuahua looks at you when you’re startled and cornered them, if they didn’t just immediately turn away and walk off. It was not pleasant, and if I were to go to another Francophone area for « immersion » again, it would be Quebec (which is way cheaper, anyways, and I could probably fall back to English just fine in challenging situations).

Spain was a completely 180. The people were so willing to help and used their butchered English (so cute!) to maximum effect, even though I didn’t speak a lick of Spanish (2 years of French in school, though).

However, this was a decade ago. Things may have changed since then, but I’m not willing to spend the $$$ to find out.

I do notice the apprehension they speak of, though. On Langauge Exchange websites I get more « non-replies » from French, and tons of unsolicited replies from people from other countries that want to learn English/help you with their native language. I am just not wanting to throw away what French I know to start from scratch.

However, it looks like Italian shares a lot of grammatical structure and roots/vocabulary with French, so I may have found an easy out. Probably easier pronunciation, as well. Rolled R (so much opera is Italian, I sort of learned it by assimilation just from singing along) is much easier than the French R for me (could probably sound really really good if not for that).

Par Michel BELLON le 27/05/16 à 23h56

Hi, anonymous friend,

Your messages are very interesting and enlightening in many respects. I regret your experience with French people is so unfortunate.
I collaborate on various language websites and I think, when it comes to establishing a longer term exchange, that there are indeed much less positive results than one could expect. In my opinion, that lack of perseverance and determination is not directly linked to the nationality of the users but is a more general attitude. Maybe your impression is due to the fact that you contact mainly French speaking persons? That said, I don’t want to stand up for my fellow-countrypersons, whose faults I think I’m well aware.

I fully agree with you on Assimil not having an English version of its site, the more so that they don’t have any localized one in UK or US (but they do have in Italy or in Belgium and the Netherlands, for instance). I do hope they will take that step further in the future.

I would gladly talk with you about all the problems you mention, and also help you with French as much as I can within the limits of my time. But I have no Facebook page, and I never saw anyone on this blog giving out any personal information, so I’m not even sure it’s considered an acceptable thing to do. Therefore, I’ll just let you know my id on interpals.net is michel-in-france and you’re free to contact me there.

Have a nice evening,
Michel.

Par Michel BELLON le 28/05/16 à 10h37

Sorry, anonymous friend, my exact Interpals id is michel_france

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